‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 186 sur 230 · SOUVENIR DE LA NUIT DU · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE LA NUIT DU

VICTOR HuUGo.

L'enfant avait reçu deux batles dans la tête.

Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;

On voyait un rameau bénit sur un portrait.

Une vieille grand'mêre était là, qui plenrait.

Nous le déshabillions en silence, sa bouche

Pâle s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ;

Ses bras pendants semblaient demander des appuis.

I avait dans sa poche une toupie en buis.

On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies. Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?

Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend. L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,

Disant : ** Conme il est blanc ! approchez donc la lampe ! Dieu! Ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe ! ”’ Et, quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.

La nuit était lugubre ; on entendait des coups De fusil dans la rue, où l’on en tuait d'autres.

‘I faut ensevelir l’enfant,’” dirent les nôtres. Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer ; L'aïeule, cependant, l’approchait du foyer, Comme pour réchauffer ses membres déjà roides, Hélas! ce que la mort touche, de ses mains froides, Ne se réchauffe plus aux fovers d’ici-bas !

Elle pencha la tête et lui tira ses bas, Et, dans s:5 vieilles mains, prit les pieds du cadavre.

‘Est-ce que ce n’est pas une chose qui navre ? Cria-elle ; ‘‘ Monsieur, il n'avait pas huit ans! Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents. Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre, C'est lui qui l’écrivait. Est-ce qu'on va se mettre À tuer les enfants maintenant? Ah! mon Dieu!

On est donc des brigands? Je vous demande un peu :

Le!

FE 1 FE H 2 Le :

Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre !

Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être !

11 passait dans la rue, ils ont tiré dessus.

Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus. Moi, je suis vieille, il est tout simple que je parte ; Cela n'aurait rien fait, à monsieur Bonaparte,

De me tyer, au lieu de tuer mon enfant ! ‘*

Elle s’interrompit, les sanglots l’étouffant ;

Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule : ‘Que vais-je devenir, à présent, toute seule ?

Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui,

Hélas! je n'avais plus, de sa mère, que lui,

Pourquoi l’a-t-on tué? je veux qu'on me l'explique.

L'enfant n’a pas crié: Vive la République ! '!

Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,

Tremblant devant ce deuil qu’on ne console pas.

Vous ne comprenez point, mère, la politique.

Monsieur Napoléon, c’est son nom authentique, Est pauvre et même prince, il aime les palais, I1 lui convient d’avoir des chevaux, des valets, De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve, Ses chasses ; par la même occasion, il sauve

La Famille, l’Église et la Société ;

Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été, Où viendront l’adorer les préfets et les maires : C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand’mères, De leurs pauvres doigts gris, que fait trembler le temps, Cousent dans le linceul des enfants de sept ans!

ft Lomme

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