‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 200 sur 230 · LE PREMIER DEUIL · texte numérisé non relu

LE PREMIER DEUIL

SULLY PRUDHOMME

En ce temps-là, je me rappelle Que je ne pouvais concevoir Pourquoi, se pouvant faire belle, Ma mère était toujours en noir.

Quand s'ouvrait le bahut plein d'ombre J'éprouvais un vague souci

De voir, près d'une robe sombre, Pendre un long voile, sombre aussi.

Le linge, radieux naguère,

D'un feston noir était ourlé :

Tout ce qu'alors portait ma mère, Sa tristesse l'avait scellé.

Sourdement, et sans qu'on + pense, Le noir descend des yeux au cœur ; Il me révélait quelque assence D'une interminable longueur.

Quand je courais sur les pelouses Où les enfants mêlaient leurs jeux, J'admirais leurs joyeuses blouses, Dont j'enviais les carreaux bleus :

Car déjà la douleur sacrée

M'avait posé son crêpe noir,

Déjà je portais la livrée : î J'étais en deuil sans le savoir.

Mn rss ire EN Meet à ie à Lie {FU

re

Page 1