A. BASILE ROUTHIER
La nuit sur l'horizon étend ses grandes aïles ;
Mais, grâce à Dieu, la nuit n'a pas d’ombres ce soir. La lumière rayonne aux voûtes éternelles,
Et, sur un pan du ciel, comme un grand ostensoir, La lune monte, monte, et de clartés inonde
Les montagnes, la mer, les vailons et les bois.
La nature se tait : on dirait que le monde,
Pour mieux voir ce tableau, retient sa grande voix.
Au firmament d'azur, d'innombrables étoiles Étincellent partout, comme des diamants,
Pendant qu'à l'Occident, pliant ses sombres voiles, Un lourd nuage fuit leurs rayons éclatants ;
De célestes lueurs scintillante, embrasée,
La mer, en se calmant, semble se réjouir ;
Le rivage s'endort, et la vague apaisée
Ose à peine se plaindre en y venant mourir.
Je chante, en co:templant ces scènes toujours belles, Et mon âme vers Dieu se plaît à remonter.
Qui sait si cette lune, aux splendeurs immortelles, N'est pas son œil divin, revenant visiter
Notre globe qu'il aime en dépit de ses fanges ?
Et ces astres sans nombre, illuminant la nuit,
Qui sait s'ils ne sont pas les prunelles des anges, Dont la troupe fidèle en l'adorant le suit ?