‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 227 sur 230 · JEAN CHARBONNEAU · texte numérisé non relu

JEAN CHARBONNEAU

Ils se sont tous blottis dans les froides tran“hées,

Ayant pour toit les cieux avec leurs pointes d'or.

Pourtant, ils aiment mieux les folles chevauchées,

Lorsqu'ensemble ils s'en vont bravement à la mort.

Enfouis et terrés, guettant la fauve bête.

Et, bien que s: sentant de partout épiés,

Devant tous les dangers rien plus ne les arrête, Les petits sacrifiés.

Aucun souffle, nul bruit dans le val qui sommeille. Près d'une meule s'est adroitement tapi Un guet qui, l'œil ouvert. en l'obscurité veille... Le brave régiment doucement s'assoupit :

On rêve du pays et de sa délivrance...

C'est qu'ils seront un jour les diyins justiciers : Ils s'appellent les libérateurs de la France,

Les petits sacrifiés.

Ils mourront inconnus, fauchés par la mitraille, Dans un beau mouvement d'héroïsme des cœurs, Comme un souffle emportés sur le champ de bataille. Sans savoir s'ils seront ou vaincus ou vainqueurs, Ils se ruent au-devant des modernes Tartares : Comme des grains de sable, ils tombent par milliers. Qu'importe! vers le Rhin ils chassent les Barbares, Les petits sacrifiés.

Ils restent les martyrs de ce siècle de crimes, Pour l'Idée, ils seront, sans se plaindre juinais, S'offrant d'avance, les innocentes victimes, Et les vivants flambeaux d'une immortelle Paix ! Simples petits soldats au modeste génie, Et dont on fauchera les régiments entiers, [ls auront enrayé la noire hégémonie,

Les petits sacrifiés.

Eux qui tombent sans plainte au penchant des collines, Sur le vieux sol gaulois imprégné de leur sang, Ils répandront, comme en des ondes purpurines, La sainte Égalité, dont le geste puissant Fera l'Europe libérée et reconquise !

Alors, seront finis les combats meurtriers.

Ils sont les conquérants d'une Terre Promise, Les petits sacrififs.

Ils mourront ignorés des foules oublieuses, Et nul ne saura même où se trouvent ces morts, Près d'un bois solitaire où poussent des yeuses, Ou tout près d’un ruisseau dont l'herbe orne les bords. Mais, pour avoir été l'âme de la Patrie, Près de leurs fosses grandiront de verts lauriers, Dont ils verront la fleur sans cesse refleurie, Les petits sacrifiés.

Et, parmi les débris, fumantes hécatombes,

Où florissait jadis la riante cité,

Sur le sol recouvert par d'innombrables tombes,

Où reposent ces géants de la Liberté,

On verra s'élever des Parthénons sans nombre,

Où tous les peuples forts, maintenant alliés,

Viendront vous évoquer, vous qui dormez dans l’ombre, O petits sacrifiés !

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