‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 40 sur 230 · À BAS LES GARÇONS · texte numérisé non relu

À BAS LES GARÇONS

G. DE WAILLY

Je suis indignée !.... Oh! les garçons!

Nous sommes ici, pour les vacances, toute une bande dans la propriété de mon oncle... Ce qu'il est vieux, mor oncle : Il a au moins quarante ans... ou soixante... enfin, comme ça... Oh ! il fait tout ce qu’il peut pour nous amuser... Seulement, il n’y a pas de justice, voilà : c’est toujours tout pour les garçons!

Ce matin, partie de ballon monstre sur la pelouse... pour les garçons : ce n’est pas fait pour les filles, le ballon! On

18 a envoyées jouer au volant dans une allée... et ce que ça m’'agace le volant! Tout à l'heure, crac! les voilà repartis pour aller tirer à la carabine... Et comme ce n’est toujours pas fait pour les filles, ces jeux-là, ma tante nous a emmenées faire de la tapisserie dans le salon de -“erdure. Oh! ce que mes jambes tricut::2nt sous ma chaise! Ce que j'avais envie de courü l-:::5, où j’entendais la pétarade des petits coups de fusils! A la fin, n’y tenant plus, j'ai jeté mon ouvrage en l'air... et je suis venue bouder ans ma chambre.

C'est vrai ça! Ces garçons, il n’y en a que pour eux ! Parce qr'ils sautent plus haut et courent plus vite, ils vous prennent, vis-à-vis de nous, des airs de supériorité !.... Avec ça, qu'ils sont jolis... et intelligents! Non, il faut le dire vite ! Et c'est mal élevé! Ainsi, les grands se donnent le ton de faire fi des petites... comme ce Gustave... Oh! je l’ai en horreur, celui-là : sous prétexte qu’il va avoir seize ans, monsieur ne veut parler qu’à ma grande sœur... qui en a quatorze.

Et vous savez : ces monstres-là se permettent de nous mépriser.….. Parfaitement ! Quand ils s’injurient, ils se traitent de ‘‘ poules mouillées,’’ parce que c’est féminin... et ils ont tout dit quand ils ont qualifié un des leurs de ‘‘ fille, va ! ’’.….. Faut pas me dire le contraire, je l’ai entendu !... Avec ça que nous ne les valons pas! Parce qu’on leur apprend un tas

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de choses en ique qu'on ne nous enseigne pas? Est-ce notre faute? Il paraît que ce n’est pas fait pour les demoiselles, comme le ballon, le fusil, comme tout !.... C'est enrageant !

On dit qu'il y a des dames qui se réunissent pour proclamer que la femme est l'égale de l'homme. — C'est Gertrude, ma vieille nounor, qui me l’a raconté... C'était dans /e Petit Journal, ainsi! — Eh bien, les filles devraient aussi

se réunir pour déclarer la &uerre aux garçons... Certaine-

Et on verra si je m'en mêle!

D'abord, il faudrait renverser tout ce qui existe : c'est nous qui ferions leurs études. … et je ne vous dis que ça! Eux, ils auraient le piano, la Couture... et porteraient des robes IDE Tant mieux !

C'est ça: ils sauteraient à la corde et resteraient avec ma tante — je leur souhaite bien du Plaisir ! — pendant que nous irions jouer au ballon et tirer au fusil avec mon oncle! (Pattant des mains.) Oh! c'est Ça, c’est ça...

(Changeant de ton.)

Pourtant, il y a Maurice, le cousin de ma petite amie Jeanne, qui est bien gentil, qui me cueille tout le temps des fleurs dans les chamÿs..….. et qui dit toujours oui à tout ce que je veux... Lui, en robe ? Vrai, Ça lui irait trop mal! Alors, Maurice, je l'accepte : mais Pour les autres : ‘‘ A bas les garçons!?” Si nous en disons toutes autant, ils n'auront plus longtenne À nous humilier… Pourvu, par exemple, que nous n'ayons ,. outes un petit Maurice que nous voulions excepter, car, alors... alors, dame! Ah! je m’embrouille. Mais,

n'importe ; je tiens à mon idée : (azec force) A bas les garçons !

LE PRESBVTÈRE.

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