LE ZÉPHIR
MIGUEIL, ZAMacoïs.
Le souffle qui remue imperceptiblement Cette jeune glycine autour du vieux sarment, C’est l’Ââme d’un zéphir dont je connais l’histoire Pour l'avoir déchiffrée un jour dans un grimoire.…. Donc jadis un zéphir flânant, musant, rêvant, Entra dans un très vieux Castel... en coup de vent ! Et, léger, étourdi, frôla de son haleine Une enfant de seize ans qui filait de la laine. Ses yeux étaient du bleu de ce lac languissant Dont il avait ridé la surface en passant.
L'enfant, Pour rétablir la coquette harmonie De l’onduleux repli. d’une boucle fournie, Eut un geste du bras, de la main et des doigts, Si souple, si troublant et si chaste à la fois, Que le petit zéphir, faiseur de pirouettes, Qui comptait ses amours aux sauts des girouettes, Coutumier du mensonge et gaspilleur d’aveux, Pour avoir vu passer ces doigts dans ces cheveux Sentit qu’il n'aurait plus désormais d’autre reine Que l'enfant de seize ans qui filait de la laine. Et dès lors, la fillette entraîna sur ses pas Un amant éperdu qu'elle ne voyait pas ; Et lui fut tout heureux de pouvoir être encore L'amoureux inconnu qui passe, et qu'on ignore ! Dès qu’il apercevait ses beaux yeux rembrunis, Il courait lui chercher des chansons dans les nids : Ne pouvant apporter toutes les fleurs en gerbes, Il allait lui cueillir des papillons dans l'herbe,
Tous ceux des bois, des champs, des jardins, des bosquets,
Et, quand il avait fait doucement des bouquets De rubis palpitants, de nacre, d’or et d’ambre, Son souffle brusquement les jetait dans la chambre,
Au temps où se faisait des prés la fenaison,
Allait chercher de quoi parfumer la maison,
Les senteurs de la sauge ou de la Marjolaine, Pour l'enfant de seize ans qui filait de la laine. Parfois, jusqu’en Provence il allait voyager
Pour revenir plus lourd de Parfum d'oranger. …
A chacun de ses maux il trouvait un remède :
Si la nuit était froide, il se faisait plus tiède :
Si l’air était brûlant et le ciel orageux,
Il rapportait du frais des grands sommets neigeux ; Quand elle avait un livre, effronté comme un page, T1 soufflait à Propos pour lui tourner sa page. Hélas ! un jour, vêtu d’un somptueux pourpoi:…, Un seigneur arriva qu'on ne connaissait point ;
Il était jeune et fier ; il venait d’Aquitaine
Pour épouser l'enfant qui filait de la laine ;
Sa grâce et sa beauté, quelques riches présents, Sans peine eurent raison de ce cœur de seize ans. Après de grands saluts et des compliments vagues, On parla mariage, on échangea des bagues !
Si parfumés qu’ils soient, que peuvent les zéphirs Contre des cavaliers qui donnent des saphirs,
Des perles, des colliers... En souffle de tempête Le zéphir se rua sur le Castel en fête !
Pendant des jours, des nuits, on l’entendit hurler, Secouant les vieux murs Pour les faire écrouler ! Et le jour où l'on fut en cortège à l’église,
Tour à tour aquilon, bourrasque, orage ou bise, Pour qu'on n’en jetât pas en chemin Par monceaux, Il effeuilla d’un coup les roses des berceaux ! Enfin, suprême espoir, pendant le saint office
Il tenta de sécher le vin dans le calice,
Et, malgré les efforts du vieux sonneur très las, Força la grosse cloche à ne sonner qu’un glas !
Le zéphir entreprit une effroyable ronde
Pour aller se grossir des tempêtes du monde !
Et, terrible, fauchant les pays traversés,
Revint au vieux caste] après deux ans passés.
Il allait l’emporter comme un fétu de paille, Quand dans les flancs joyeux de la frêle muraille,
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Pius facile à briser qu'un tout petit rosier,
IT vit un nouveau-n£ dans un berceau d’osier…. Dans les yeux de la mère il lut tant d'espérances, Qu'il frémit au penser des possibles souffrances, Et vaincu, désarmé par l'amour triomphant,
Rendit l'âme en soufflant Sur un moulin d'enfant,
Exhalant à la fois et sa vie et sa haine Aux pieds de la maman qui filait de la laine !