‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 58 sur 230 · JULES TREMBLAY · texte numérisé non relu

JULES TREMBLAY

Je feuilletais un livre, un livre négateur,

Dont les phrases sapaient l'œuvre du Créateur. Le jour fuyait déjà vers l’abîme des ombres,

Et mes regards montaient des mots, des lignes sombres, Jusqu'au ciel sans nuage où l’'astre flamboyait.

Le limpide horizon, au lointain, rougeoyait.

Les murmures du vent bruissant dans les arbres, Les eaux de la fontaine égouttant sur les marbres, Les fleurs et les parfums, les oiseaux et les voix, Redisaient l’hosanna des ondes et des bois.

Le temple, le palais, la ferme, la chaumière,

Tout rendait gloire à Dieu, tout devenait prière.

Le livre niait l’âme et l’immortalité, L’espérance et l'amour, ces rayons de clarté ; I niait l’existence et la bonté du Maître

En qui tout se repose, en qui tout doit renaître. Asservissant l’esprit au joug matériel,

[1 écrivait : Nature ! où le pâtre voit : Ciel !

Et l'ombre, lentement, tombait sur la vesprée.

La luciole ouvrit son aile diaprée

Et s’éleva vers moi dans un rayonnement.

Elle vint sur le livre. Ainsi qu’un truchement Qui cache au voyageur la misère des villes, Pour voiler à mes yeux les notions stériles,

Elle ft scintiller ses stigmates de feu

Partout sur le feuillet, où vibrait le mot : Dieu

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