‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 96 sur 230 · LA FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA FRANÇAISE

JEAN DE LA Rocca.

La Française !... Écoutez... Dans un frisson de soie, Ce mot-là fait vibrer ses syllabes de joie !

Il brille, il est vivant, il résonne, il est clair, Élégant, décidé, railleur.. 11 garde un air D'indépendance batailleuse !... Est-il bravache ?... Non point !... Mais il est fier, car il a du panache,

— Et nous cambrons le torse, et, rien qu’à l'écouter, Nous sentons dans nos cœurs un beau rêve chanter, Un rêve de victoire et d'orgueil légitime,

Parce que ce mot-là peut devenir sublime !

Savez-vous ce que c'est qu'être Française ?...— Eh bien ! C'est avoir un esprit qui ne doute de rien, Qui ne veut supprimer qu'un seul terme : impossible,

Et qui prend — s'il lui plaît — les étoiles pour cible ; C'est choisir l’Idéal, et l’immortaliser

En le fixant... Mais c'est, surtout, réaliser

Le chef-d'œuvre émouvant de la grâce latine.

Vous allez m'arrêter, mesdames... Je devine...

Vous ne souhaitez pas une comparaison.

C’est de la modestie, et vous avez raison,

Oui, grandement raison, car vous savez d'avance Pourquoi tous les pays sont jaloux de la France… C'est parce qu'ils n'ont pas des femmes comme vous l — Certes! voilà pourquoi les peuples sont jaloux.

On aimera la Castillane ; on rend hommage

À la Lombarde aux reins cambrés, au fier visage ; L'Andalouse nous plaît dans les vers de Musset,

Et la Romaine, ayant l’œillet rouge au corset,

Nous trouvera, sans doute, indulgents pour ses charmes, C’est vrai... Mais c’est à vous que nous rendons les armes, À vous, mesdames !... Vous! Quand le printemps sourit, Vous avez sur le front le soleil de l'esprit.

Vous savez, de vos mains délicates et sûres, Panser tous les regrets et toutes les blessures. Vous nous rendez l'espoir avec un mot câlin.

L'homme ne se sent Pas tout à fait orphelin.

La peine de l'exil est, grâce à vous, guérie : C'est dans vos veux qu’on voit le ciel de la patrie, Et le bonheur des jours nous apparaît léger

Comme un arbre d'avril dont les fleurs vont neiger.

!... Vous êtes Le réconfort vivant de nos soirs de défaites,

Vous réveillez, d’un cri, d'un appel angoissant, L'amour du sol natal, qu'on porte dans le sang, Et, prenant le fusil qui dormait près de l'âtre,

Vous le tendez au fils, en disant : ‘‘ Va te battre ! '’

Femmes de mon pays, épouses, mères, sœurs, — 0 toutes les vertus et toutes les douceurs ! — C’est votre souvenir qui fait aimer la France… Oui, vous avez bercé notre petite enfance,

Et nos premiers chagrins, au rythme de vos bras. Vous avez dit : ‘‘ Mon cher en fant, tu grandiras Tu prendras, quelque jour, ton essor vers la vie. Sois bon. Reste sans haine, et reste sans envie. Quand je t’aurai quitté, mon cœur dormira mieux De t'avoir su fidèle aux vertus des aieux...’

Mères, je vous bénis — du plus profond de l'âme —

De nous avoir appris la bonté de la femme.

À l'heure où vous chantez un doux air d'autrefois,

Le passé qui nous parle a des pleurs dans Ja voix...

Vous nous avez transmis l'honneur de votre exemple,

Et depuis nous révons un avenir plus ample...

Oui, nous continuerons les vieux qui sont partis.

On devient grand, d’avoir été vos tout petits,

Et si nous sommes, nous, les Français... que nous sommes, C'est que, de vos enfants, vous avez fait des hommes !

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