CHAPITRE V
liés et carbonisés, plus ou moins arrivés au point de décomposition où le fumier prend le nom de terreau.
La matière charbonneuse de la terre végétale augmente par la végétation, au lieu d’être dépensée; car ses éléments sont extraits de l’air par la plante sous l’influence de la lumière. Le charbon que la terre donne à la plante naissante lui est rendu avec usure par la plante adulte. La vie est multipliée par la vie , et la surface primitivement nue des roches , pulvérisée et fécondée par les siècles, se couvre partout, avec le temps, de son riche vêtement de verdure, asile et aliment de la vie animale.
C’est sous ce vêtement, et sous sa doublure de matériaux ameublis , qu’il faut aller chercher et étudier en place les grandes masses minérales dont la raclure a fourni les éléments minéraux du sol. Les occasions de pénétrer dans le sol, ce que les géologues appellent les coupes naturelles ou artificielles , ne sont pas très-fréquentes; ce sont les éboulements récents, les falaises, les fissures, en général les escarpements à pic, incapables de végétation; puis les carrières et les mines, les puits, les fondations des édifices, et surtout deux genres de grands travaux qui pénètrent en ligne droite à de grandes distances, les forages artésiens pour la direction verticale, les tunnels et les tranchées de chemins de fer pour la direction horizontale.
Pour peu que le lecteur ait voyagé, il doit avoir remarqué que, dans les pays de plaines, les carrières et les escarpements montrent que le sol est formé de couches horizontales (fig. 69), d’épaisseur et de nature très-variables , mais dont l’étude révèle l’origine aqueuse. Ce sont, nous l’avons déjà dit, d’anciens fonds de mers ou
de lacs superposés comme les feuillets d’un livre, et portant, comme cachet d’origine, les fossiles, c’est- à- dire les débris des animaux et des végétaux qui ont vécu dans ces mers et dans ces lacs, ou qui s’y sont noyés, ou que les cours d’eau y ont amenés, et qui, tombés et enfouis dans la boue du fond, s’y sont moulés quand celte boue s’est consolidée par l’action du temps.
Fig. 69. — Couches horizontales.
Ces masses formées de couches superposées, déposées par les eaux, généralement fossilifères, nous les appelons terrains sédimentaires , terrains stratifiés, terrains neptuniens. Exemples : la pierre de taille, la craie, la marne, l’argile, le sable.
Dans les pays de montagnes, et même dans beaucoup de pays de collines, soit isolés comme la Bretagne , les Ardennes, la Finlande, soit formant le contour des pays de montagnes, comme les pentes du plateau central français, on trouve encore ces mêmes bancs parallèles à fossiles, mais ils sont inclinés (fig. 70), souvent durcis comme s’ils avaient subi une sorte de cuisson ; ce sont