CHAPITRE V
Le porphyre est très -fréquent, et forme quelquefois des pays entiers : ainsi la moitié méridionale du Morvan en est entièrement formée, ainsi qu'une grande partie des monts du Beaujolais et du Forez, les monts de LEsterel entre Fréjus et Cannes, de nombreux points des Vosges, notamment le point culminant ou ballon de Guebwiller, les environs de Framont, Bussang, etc. Dans l’Ouest, on les retrouve près des Sables - d’Olonne , dans la forêt de Perseigne près d’Alençon, et ailleurs.
Les variétés des roches porphyriques sont au moins aussi nombreuses que celles des roches granitiques ; la plus commune est le porphyre quarlzifère, qui fait d’excellents pavés, employés à Paris dans les rues étroites et très-parcourues par les voitures.
En Corse, le feldspath étant en nodules arrondis, la roche est célèbre sous le nom de porphyre orbiculaire de Corse.
Le porphyre rouge antique, dont le musée du Louvre a de si beaux spécimens, venait de la chaîne égyptienne qui sépare la vallée du Nil de la mer Bouge; c’est un porphyre feldspathique.
Le porphyre vert antique, aussi très- recherché des anciens, qui le tiraient de la Laconie, a la composition de la diorite ; ce sont des cristaux de feldspath vert clair, empâté dans de l’amphibole vert foncé. Ce vert antique fait partie des mèlaphyres, dont la pâte, toujours trèsferrugineuse , devient souvent entièrement noire. Les ophites ( ophis , serpent) des Pyrénées ont une composition analogue.
On peut en rapprocher aussi la serpentine, roche verdâtre, beaucoup moins dure, tachée comme une peau de serpent, compacte et homogène, douce au toucher, formée surtout de silicate de magnésie, très -abondante sur le revers piémontais des Alpes et dans les Apennins. La
variété dite serpentine noble prend un beau poli et est employée dans les arts. La pierre ollaire des environs de Côme , dont on faisait des marmites pour cuire les aliments, est une serpentine.
Le haut prix des colonnes et des objets de porphyre n’est pas dû à la rareté de la matière, mais à la longueur et à la difficulté du travail nécessaire pour polir une matière aussi dure. Les anciens y employaient des armées d’esclaves ; beaucoup des magnifiques colonnes qui ornent les monuments de Rome ont été polies par les milliers de chrétiens martyrs des premiers siècles de l’Eglise, condamnés aux mines avant d’ètre jetés en pâture aux bêtes féroces et en spectacle au peuple romain.
Aujourd’hui nous regarderions comme un luxe insensé d’employer même nos machines à vapeur à polir une pierre plus dure que l’acier et plus inattaquable que le verre; nous trouvons déjà très-beau de polir le marbre, qui est moins dur que les dents, rayé par tous les métaux et rongé par tous les acides.
La limite qui sépare les porphyres des roches volcaniques nous est offerte par le trapp, roche noirâtre , compacte et homogène, assez analogue de composition aux mélaphyres, mais s’étendant entre les couches sédimentaires, et à leur surface, comme une roche qui a coulé, qui a été liquide à la manière des basaltes et des laves. Son nom de trapp vient de trappa, escalier, parce qu’en s’infiltrant entre les joints horizontaux des sédiments, il forme sur les flancs des coteaux des espèces de gradins successifs. On trouve de ces trapps en Irlande, aux îles Léroé, au Harz. C’est dans un trapp qu’on trouve les belles agates d’Oberstein , sur le chemin de fer de Sarrebrück à Mayence.