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CHAPITRE V

de tissus charbonneux par les végétaux, tissus qui ont pu, dans certains cas, échapper à la décomposition qui suit la mort , ou plutôt laisser après cette décomposition des masses solides , fruit de cette circulation vitale à laquelle l’eau est nécessaire.

Faisons- nous d’abord une idée de la formation des roches sédimentaires les plus communes, celles dont le mélange constitue la terre ordinaire des plaines et qui sont : 1° l 'argile; 2° les sables, grès et silex; et 3° le calcaire.

Un sait que l’eau est le corps le plus dissolvant de la nature. Soit par elle seule, soit grâce au gaz acide carbonique qu’elle rencontre dans l’air, elle peut à la longue attaquer et dissoudre les rochers qui semblent les plus insolubles. Les corps que la chimie appelle insolubles sont ceux dont l’eau dissout en réalité des fractions infimes, que l’analyse chimique est impuissante à reconnaître. Mettons de l’eau dans une bouteille et secouons-y une pierre; il est certain que nous ne saurons pas trouver en dissolution dans cette eau la moindre trace de la substance de la pierre ou du verre de la bouteille, laquelle n’éprouvera aucune diminution appréciable de poids; mais que cette pierre ou ce verre restent quelque dix à vingt ans en contact continuel avec cette eau , et l’altération de la matière et du poids deviendra bientôt évidente.

Laissez seulement deux à trois ans sans réparation aucune les constructions d’une ville, et vous verrez si les pierres à bâtir, les ardoises, les mortiers et les plâtres sont attaquables parla pluie. Attendez dix à vingt ans, et vous aurez ce que sont devenues Babylone, Thèbes, Palmyre, Carthage..., ce qu’on nomme en bon français des ruines.

Eli bien, le granit et toutes les roches platoniques, sous l’action de la pluie pendant des siècles, finissent par faire comme les villes antiques : leur substance est inégalement rongée, divisée, mise en poudre, en boue ou en fragments; elles tombent en ruines.

L’élément le plus rapidement attaquable des rochers granitiques est le feldspath, parce que le silicate de potasse ou de soude, qui entre dans sa composition, est trèssoluble dans l’eau quand il est seul C’est lui qu’on appelle le verre soluble ou bouillon de cailloux. L’eau de pluie l’enlève peu à peu, isolant en poudre impalpable la silice et l’alumine, et laissant séparés les cristaux de quartz et de mica. En s’écoulant , l’eau courante entraîne en suspension la poussière la plus menue, elle roule les petits fragments dont la chute émousse les angles et arrondit les aspérités. Les gros fragments, isolés ou déchaussés, s’écroulent ou s’affaissent, et les eaux d’orage savent les déplacer et les entraîner à leur tour. La grosseur et le poids des matériaux emportés ainsi par l’eau sont, en effet, d’autant plus grands que le courant est plus rapide. Quand le courant diminue de vitesse, il dépose les corps entraînés, en commençant par les plus gros. Il en résulte que les fragments déposés au même endroit sont à peu près de même dimension, et qu’il se forme de vastes amas de cailloux, de gravier, de gros sable, de sable fin, et enfin d’argile.

Ces deux dernières matières, le sable et Y argile, peuvent être regardées comme le produit final de la destruction du granit, après sa décomposition complète. Le sable est le résultat des cristaux de quartz désagrégés et roulés; et l’argile est ce qui reste du feldspath lorsque l’eau courante en a enlevé le silicate alcalin; c’est-à-dire qu’elle est formée par la poudre impalpable du silicate d’alumine,

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