CHAPITRE V
1 »liy tes , foraminifères , d’autant plus féconds qu’ils sont plus petits; c’est l’amas des innombrables coquilles, têts, piquants, coraux, carapaces microscopiques de la grouillante population que nourrit la mer, et dont les cadavres s’accumulent sur son fond.
L’eau de la mer reçoit sans cesse, des rivières qui ont lavé les continents, les matières minérales qu’elles ont dissoutes en route, et parmi lesquelles prédomine le calcaire : l’évaporation n’enlevant que l’eau pure, la mer se trouve saturée de calcaire. Les animaux à coquilles en consomment la plus grande partie et l’accumulent en couches toujours croissantes. Ils n’ont pas, en effet, comme les mammifères, d’état adulte, et leurs éléments pierreux ne se résorbent pas par le traveil nutritif. Après leur mort, les parties molles sont mangées ou décomposées; les parties dures restent, soit entières, soit pulvérisées ou brisées. L’accumulation peut quelquefois former une masse friable ; mais souvent , si l’abondance d’animaux n’a pas suffi pour enlever à la mer autant de calcaire que les eaux terrestres lui en fournissent, l’évaporation qui se fait à la surface provoque au fond une petite quantité de dépôt chimique qui soude ensemble les fragments gros et petits, et produit une roche consistante.
Quand la masse coquillière reste friable par défaut de ciment, elle forme ce qu’on nomme les f aluns en Touraine , les crays en Angleterre et en Belgique.
On connaît sous le nom de craie le mélange d’argile fine, de poussière calcaire produite par la désagrégation des coraux et des coquilles, et d’une multitude de carapaces microscopiques de ces infimes animalcules, les foraminifères, qui grouillent au fond des hautes mers. Un trait fait à la craie sur un tableau noir renferme des millions de ces dépouilles des myrmidons de la création. La fig. 76 donne
une idée des formes singulières et quelquefois élégantes de ces petits êtres.
Fig. 76. — Parcelles de craie vues au microscope.
Les calcaires durs et capables de fournir de bonnes pierres de taille contiennent les mêmes débris animaux souvent aussi nombreux et aussi visibles. Le calcaire grossier parisien dont sont construits tous les monuments de la grande ville, est formé d’innombrables coquilles bien visibles, parmi lesquelles dominent les cérithes, reconnaissables à leur forme en tire-bouchon, noyées dans une masse de têts microscopiques de foraminifères analogues à ceux de la craie. Le ciment est en quantité peu sensible.
Les calcaires appelés oolithiques , si fréquents dans le terrain du Jura, ressemblent à des masses d’œufs de poisson. On pense qu’ils se sont formés dans des mers trèsagitées et très -saturées, où les mêmes débris minuscules restaient en suspension par l’agitation , jusqu’à ce que l’encroûtement produit à leur surface par l’évaporation les eût rendus assez lourds pour tomber au fond, et, tous