CHAPITRE V
bières dans un mur romain dont les briques et le ciment ont été transformés chacun d’une manière différente par le silicate de potasse, dont les eaux contiennent une faible proportion.
Nous avons vu que les eaux, même froides, emportent et déposent tour à tour des éléments dissous, notamment du calcaire et de la silice. Cette action étant favorisée par la chaleur des couches profondes, on conçoit que les roches anciennes, qui ont été continuellement traversées ainsi pendant des durées incalculables, aient dû prendre peu à peu, par le remplissage de leurs pores, une structure compacte, semi-cristalline, se rapprochant beaucoup de celle des roches platoniques.
L’énorme pression qui se produit à de grandes profondeurs a sur le résultat une grande influence, en changeant les conditions des actions chimiques et celles de la cristallisation. On connaît l’expérience de Ilall : de la craie remplissant un canon de fusil dont la lumière et l’entrée sont hermétiquement fermées par des vis, est soumise à la chaleur rouge dans un fourneau. A l’air libre, la craie chauffée eût dégagé son gaz acide carbonique, et laissé pour résidu de la chaux vive. Ici la craie fond sans se décomposer, et on trouve dans le canon refroidi une baguette de marbre blanc.
Voici une expérience non moins instructive , due à M. Daubrée : de l’argile plastique est imprégnée d’une dissolution bouillante d’acide borique, corps qui cristallise en petites paillettes plates très- minces. On la comprime fortement au moyen d’une presse hydraulique : après refroidissement on desserre la presse, et on trouve l’argile devenue schisteuse , c’est-à-dire se fendillant en lames minces comme de l’ardoise. Les paillettes ont toutes cristallisé parallèlement sous l’influence de la pression.
Ces expériences nous donnent une idée de la manière dont ont dû. se former les roches métamorphiques, qui sont si abondantes dans les pays de montagnes.
Les roches calcaires sont presque toujours devenues des marbres, c’est-à-dire que leurs pores visibles sont comblés, la pierre est compacte et polissable. Les impuretés, quelquefois les fossiles plus ou moins déformés, forment les taches. La chaleur, en décomposant leurs tissus organiques, a souvent imprégné la roche de produits bitumineux et fétides qui la noircissent. Beaucoup de marbres noirs, quand on les calcine, donnent de la chaux blanche. Dans d’autres marbres on trouve que la magnésie a souvent remplacé en partie la chaux. Quelquefois même un peu de silice a imprégné la masse, grave défaut au point de vue de l’exploitation, car la pierre trop dure use les scies et le temps des machines.
Le marbre blanc statuaire, de Carrare ou de Paros, est du calcaire pur. Mais c’est une rareté qui enrichit les montagnes assez heureuses pour la posséder. Les marbres colorés n’acquièrent leur valeur que par le polissage. Dans la carrière ce sont des pierres comme d’autres, plutôt moins bonnes pour bâtir que les calcaires grossiers , parce qu’elles sont plus dures à tailler et prennent moins bien le mortier.
Les sables, grès et silex n’ont pas été changés de nature par le métamorphisme. Mais, tous les pores s’étant remplis de ciment siliceux, le grès métamorphique est devenu compacte, lustré, imperméable : son grain a disparu, il fait feu au briquet, et ressemble à du quartz massif.
Les argiles, par le métamorphisme, sont devenues des schistes (fig. 78), c’est-à-dire des pierres luisantes s’effeuillant facilement en plaques minces, et dont les ardoises nous présentent la variété la plus dure se fendant suivant