‹ Les montagnesChapitre 130 sur 313 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

célèbre , mais dont les gisements dans les monts Alleghanys pourront un jour être pour les Etats-Unis ce qu’a été la houille pour l’Angleterre. Le pétrole n’est, à proprement parler, qu’une houille liquide.

L 'anthracite, ou charbon de pierre, au contraire, est de la houille dépourvue de matières hydrogénées et volatiles. Il brûle sans flamme, comme le coke, et comme lui à la condition, s’il est seul, de former plusieurs couches bien allumées. Quelques auteurs pensent qu’il pourrait être regardé comme de la houille métamorphique. La longue action de la chaleur centrale aurait produit une distillation lente de la houille ; de leurs produits volatils les uns se seraient dégagés peu à peu; les autres, restés pour la plupart liquides, seraient allés plus ou moins loin se condenser dans les pores ou les cavités de roches plus froides; ce serait peut-être un des modes de formation des corps exploités sous le nom d’huiles de schiste. Le charbon presque pur qui serait resté, au lieu d’être gonflé et spongieux comme le coke de nos usines, aurait été par la pression maintenu compacte et brillant.

Quand nous aurons épuisé la houille, que notre siècle gaspille sans souci de ses successeurs, ceux-ci seront heureux de trouver l’anthracite, et sauront mieux que nous l’estimer ce qu’elle vaut. Du reste, les monts Alleghanys, aux États-Unis (on voit que l’avenir est décidément pour eux), en renferment de quoi alimenter le monde entier plus longtemps que ne l’a fait la houille européenne.

Après les mines de charbon, viennent comme importance les mines de fer. « Le fer est le roi des métaux, » dit avec raison la vieille chanson des forgerons. Il est certes

le plus résistant et le plus indispensable. Quoique le plus commun et le moins cher, il entre en ligne de compte pour la plus forte somme totale. Une mine de fer vaut- bien mieux pour un pays qu’une mine d’or ou d’argent. Le fer moralise, et l’or corrompt : c’est que le fer est le métal du travail, et l’or celui de la jouissance. Soyons fiers pour l’humanité que pour elle le fer ait encore plus de valeur que l’or.

Les minerais de fer, c’est-à-dire les roches naturelles d’où on pourrait tirer ce métal, sont excessivement nombreux dans la nature. Remarquons que , sauf le charbon , toutes les roches que nous avons mentionnées, silices, feldspaths, calcaires, argiles, etc., sont blanches ou incolores quand elles sont pures : si les pierres, la terre, les sables offrent des nuances jaunes, brunes, rouges, vertes, grises ou même noires, c’est, dans l’immense majorité des cas, à cause des composés de fer qu’ils renferment. En effet, la rouille, oxyde de fer hydraté, est brune à poussière jaune. La sanguine , oxyde de fer anhydre , est rouge ; les sels de protoxyde de fer, comme la couperose et le verre à bouteilles, sont verts; enfin l’oxyde intermédiaire appelé magnétique, parce qu’il fournit les aimants naturels, est d’un beau noir d’encre.

A cause du bas prix du fer, on ne peut exploiter de ce métal (pie les minerais très-riches. Si jamais ceux-ci manquaient, la terre brune de nos champs, toutes les pierres rouges et les roches volcaniques noires, seraient à leur tour des minerais de fer.

Pour le moment, la France exploite surtout ses minerais bruns, dit limonites ou fers en grains, couches de véritable rouille, probablement produites par les dépôts d’antiques sources ferrugineuses ; l’Angleterre , plus heureuse, trouve entre ses couches de charbon de terre des

Page 1