CHAPITRE V
rangées de rognons de fer carbonate, pierres d’un gris noirâtre, donnant un fer de meilleure qualité que le nôtre, et surtout moins cher, à cause de l’économie des frais de transport auprès du combustible. L’île d’Elbe a son fer oligiste, à poussière rouge brique, oxyde de fer pur, en fdon de l’épaisseur d’une montagne. La Suède enfin possède. dans le granit de ses montagnes, au milieu de ses forêts, d’inépuisables filons de son noir fer aimant, le plus riche et le meilleur minerai de l’Europe.
Ces deux derniers minerais nous ont fait sortir des terrains sédimentaires pour nous ramener dans les roches plutoniques ou tourmentées des pays de montagnes.
Nous avons prononcé le mot de filons. On appelle ainsi des fentes (fig. 80) produites dans les roches par les mou-
vements du sol ou tremblements de terre, et qui, se continuant jusque dans les profondeurs inconnues où sont les températures ignées, ont servi de réfrigérant à la distillation qui s’opère dans ces profondeurs, et se sont à la longue remplies de matériaux variés, pour la plupart cristallisés et, par conséquent, purs et faciles à isoler.
C’est là qu’on trouve les minerais de tous ces métaux
divers qu’étudie la chimie et qu’utilise l’industrie, comme les milliers d’espèces de pierres brillantes qui remplissent les collections des minéralogistes et les magasins des joailliers. C’est des filons ou de leurs débris que viennent le cuivre, l’étain et le plomb, comme l’argent, l’or et les pierres précieuses ; c’est l’exploitation séculaire des filons communs qui fait vivre les habitants des bruyères rocheuses de l’Erz-Gebirge saxon et de l’Erz- Gebirge hongrois, du Harz, aujourd’hui prussien, de la Dalécarlie suédoise, de maintes sierras espagnoles (fig. 81), de notre petite et pittoresque Cornouaille bretonne, et de la belle et riche Cornouaille anglaise. C’est la chasse aux filons rares qui a successivement attiré les chercheurs d’aventures vers les régions accidentées de l'Inde et du Brésil, du Mexique et du Pérou, de la Californie et de l’Australie.
Il serait trop long d’indiquer, même en abrégé, les substances utiles et intéressantes que l’on rencontre dans les filons. Nous ferons simplement remarquer que, comme elles sont nombreuses et déposées les unes sur les autres, celle qu’on exploite se trouve, au sortir de la mine, mélangée de matériaux étrangers qu’on appelle la gangue du minerai. 11 y a la gangue terreuse, provenant des débris de la roche encaissante, et la gangue cristalline, provenant des substances formées dans le filon lui-même à côté du minerai.
Les plus fréquentes de ces substances cristallisées sont: 1° le quartz ou silice cristallisée, et 2° le calcaire cristallisé ou spath d’Islande, dont nous avons déjà suffisamment parlé; 3° le spath pesant ou sulfate de baryte, qui accompagne ordinairement les minerais de plomb : c’est le plus lourd des minéraux pierreux; 4° le spjath fluor ou fluorure de calcium, en beaux cristaux cubiques colorés de