CHAPITRE VI
11 nous reste donc, pour appuyer l’hypothèse du feu central , ces deux faits, la chaleur toujours croissante avec la profondeur, et les éruptions volcaniques. Ils prouvent évidemment la liquidité de certaines roches à certaines profondeurs; mais ils ne nous apprennent rien sur la nature et l’état du noyau du globe, au delà de 40 ou 50 kilom., jusqu’où pénètrent nos arguments, et qui sont encore la surface pour une sphère de plus de 12,000 kilom. de diamètre.
Au-dessous de cette couche liquide, la partie centrale est-elle aussi liquide? est-elle solide? Elle pourrait être solide sans infirmer l’hypothèse de la fluidité primitive; car les fragments solidifiés peuvent aussi bien couler à fond d'un liquide que former une croûte à sa surface. Le plomb, le fer et la plupart des corps sont dans le premier cas; l’eau et la fonte sont dans le second, ainsi que les oxydes formés sur les métaux et en général les scories sur les matières en fusion.
On n’a sur l’intérieur du globe qu’un seul document: c’est sa densité moyenne, déterminée par les délicates expériences de Maskeline, Cavendish et Itaily. Si on pouvait mélanger uniformément toutes les substances qui forment le globe et en peser un litre , ce litre pèserait 5 kilogr. et demi; or l’eau des mers et des lacs ne pèse que 1 kilogr., et les roches connues qui constituent d’épaisses couches, granits, porphyres, grès, calcaires, argiles, guère plus de 2 kilogr. ou 2 kilogr. et demi par litre. Les roches volcaniques arrivées à la surface pèsent un peu plus, 3 à 4 kilogr. Pour arriver à la moyenne 5 et demi, les matériaux inconnus du centre doivent peser au moins 7 ou 8 kilogr. par litre. Nous ne connaissons d’aussi denses que les métaux liquides ou solides.
11 ne serait pas étonnant que ce noyau central fût du fer,
L’ORIGINE DES MONTAGNES
par exemple. L’immense majorité des aérolithes, débris de planètes brisées qui tombent quelquefois du ciel sur la terre, peut être regardée comme constituée en grande partie, et souvent presque uniquement, de fer métallique. D’autres se rapprochent des roches volcaniques; un petit nombre seulement des roches quartzeuses et calcaires. Dans quelques rares échantillons on a constaté la présence de matière carbonée, de -nature organique. La moyenne des densités de tous les aérolithes connus serait à peu près celle de notre globe.
Si, comme l’opinion en a été émise, ces aérolithes sont les débris d’un ancien petit satellite de la terre, pulvérisé par une explosion intérieure, la conclusion d’analogie avec la composition de notre globe aurait pour elle de grandes probabilités.
Nous ne réfuterons pas l’opinion étourdie de quelques livres populaires et même classiques, qui continuent la loi de croissance de la température jusqu’au centre du globe , admettant pour ce centre l’effroyable chiffre de 140,000° et l’état gazeux : autant vaudrait conclure, de ce que la chaleur diminue de 1 degré par 200 ra en s’élevant dans l’air, que la température à la distance de la lune est de 360,000° au-dessous de la glace h
Une opinion plus sérieuse à citer est celle d’un groupe de savants astronomes, parmi lesquels sont MM. Hopkins en Angleterre et Liais en France. Trouvant que les raisons ci-dessus donnent à l’écorce terrestre une minceur ‘inquiétante, ils veulent nous rassurer en nous prouvant, par de hautes considérations mathématiques, que nous sommes sur une voûte étayée, et que les laves, variant d’un volcan à l’autre, ne peuvent remplir que de petites
i Les dernières recherches évaluent la température des espaces célestes à 97° centigrades au-dessous de la glace fondante.