CHAPITRE VI
poches voisines de la surface, séparées par d’épais piliers fondés sur un noyau entièrement solide.
Cette opinion n’a pas trouvé de nombreux partisans, malgré les bonnes raisons qu’on en a données. La plupart des astronomes et des géologues s’en tiennent à l’hypothèse de la liquidité, primitivement complète, et encore aujourd’hui générale au-dessous de l’écorce terrestre. Celle-ci serait soutenue sur les matières fondues comme l’est sur l’eau la glace, où les patineurs se trouvent en sûreté dès qu’elle a un pied d’épaisseur; comme l’est en hiver la surface des mers ou des lacs des pays septentrionaux, où circulent et campent tranquillement des populations entières , avec chevaux et bagages, sans craindre courants ni marées, quoique la couche solide qui les porte n’ait que quelques pieds de profondeur. Or celle qui nous porte, nous, a 30 kilomètres.
Rien n’empèche d’admettre comme très-probable l’opinion qu’il y a déjà un noyau solide à l’intérieur du globe, au-dessous d’une couche liquide plus ou moins profonde, dont la partie qui touche l’écorce terrestre est constituée par les laves volcaniques. L’important est de ne pas abandonner l’hypothèse qui donne au noyau terrestre une chaleur encore assez considérable, quoique bien moindre qu’autrefois.
Celle opinion a au moins l’avantage de former un ensemble très -satisfaisant pour l’esprit, lorsqu’on la complète par la magnifique théorie cosmogonique de Laplace. Voici en quelques lignes comment les deux hypothèses se rattachent l’une à l’autre.
Puisque la terre est un globe chaud, qui perd de sa chaleur par rayonnement dans l'espace froid, et que, mal-
L’ORIGINE DES MONTAGNES
gré celle perte continuelle à la surface, la température ne paraît pas s’être abaissée depuis les temps antéhistoriques (nous en verrons des preuves à propos des glaciers), la chaleur perdue vient de l’intérieur, et chemine lentement à travers les couches solides. Avec l’hypothèse de la liquidité intérieure, cette chaleur constante s’explique facilement; c’est celle que dégagent les liquides en se solidifiant, cette chaleur dite latente qu’il faudrait rendre aux roches pour les fondre.
La croûte solide s’épaissit donc continuellement pardessous; donc elle a été mince : en reculant suffisamment dans les temps passés, nous pouvons concevoir le moment oîi elle n’était pas encore formée, où cette température de 2000°, éloignée aujourd’hui jusqu’à 30 kilorn. de profondeur, existait à la surface du globe, qui était alors entièrement à l’état de fusion ignée, et étincelant comme un soleil.
Reculons toujours dans le passé : avant d’être liquide par refroidissement, la matière devait être à l’état gazeux; avant d’être combinée, condensée et brillante, elle dcvail être dissociée, immensément étendue et à peine lumineuse, comme celle des comètes. Nous voici arrivés à l’hypothèse de Laplace.
Nous ne pouvons qu’en présenter un tableau rapidement esquissé en quelques traits.
L’état originaire de la matière, dont notre globe esl une portion, aurait été, lors de sa création, un mélange de gaz excessivement raréfiés, remplissant uniformément l’immense espace au milieu duquel est aujourd’hui le système solaire. Les queues de comètes, et les nébuleuses que l’analyse spectrale démontre être irréductibles en amas d’étoiles, sont des témoins au ciel de la vraisemblance de cette hypothèse.