CHAPITRE VI
Un mouvement général de rotation, d’occident en orient, a dû animer la masse entière, par suite, dit Laplace, d’une « impulsion initiale ».
Mais la propriété fondamentale de l 'attraction ou gravitation, dont Newton a donné la loi si admirablement simple, et la perte de chaleur par refroidissement, devaient tendre à attirer vers le centre la matière des bords. La niasse a donc dû se contracter peu à peu ; mais cette contraction accélérait le mouvement de rotation : la force centrifuge, sans cesse accrue, aplatissait la masse et la déprimait en immense lentille.
A un certain degré de contraction, la vitesse de rotation s’est trouvée assez grande pour que la force centrifuge, qui croît du centre à la circonférence, fît équilibre à l’attraction de la masse intérieure, sur les régions extrêmes de la lentille; alors un anneau s’est séparé sur les bords; le même résultat se produisant à plusieurs reprises à mesure que la lentille se contractait, elle en a abandonné successivement une série d’autres, en tout neuf; la masse principale s’est condensée au centre en un énorme globe lumineux, le soleil.
Les anneaux gazeux, dès qu’un de leurs côtés présentait un endroit par hasard un peu plus dense, et exerçant une attraction prédominante, se sont amincis du côté opposé, puis rompus, et réunis chacun, sauf un peut-être, en une seule masse tournant sur elle-même.
Ces masses, qui sont aujourd’hui les planètes, ont imité* la grande masse primitive ; elles sont devenues lenticulaires par la rotation, se sont contractées, et ont abandonné aussi sur leurs bords des anneaux qui se rompaient ensuite et devenaient des satellites : seule la planète Saturne a gardé intacts quelques-uns de ces anneaux, qui nous prouvent la possibilité des autres.
L’ORIGINE DLS MONTAGNES
Les astres, ainsi isolés, se sont refroidis d’autant plus vite qu’ils étaient plus petits : la lune et d’autres satellites sont entièrement refroidis, tout à fait solides et privés d’atmosphère ; tandis que les plus grosses planètes, Jupiter et Saturne, ont encore une énorme atmosphère, complètement remplie de nuages; tandis que le soleil, dont toutes les planètes ne sont que d’infimes fractions, est encore à l’état igné, restant très -probablement gazeux dans sa masse, et brillant par une couche superficielle de matière nuageuse et ardente, qui garde un éclat et une température pour longtemps invariables, parce que l’astre y dégage une immense provision de chaleur auparavant latente, la chaleur de combinaison de ses éléments dissociés et la chaleur de liquéfaction de ses gaz.
Voilà, avec les compléments que lui ont apportés les progrès récents des sciences, cette fameuse théorie, sublime conception d’un homme de génie.
Pourquoi faut- il être obligé d’ajouter qu’ébloui de ce trait de lumière, et gonflé d’un coupable orgueil, l’auteur de « l’exposition du système du monde » n’a pas su reconnaître et proclamer la main toute-puissante qui a créé la substance et imprimé le mouvement, la suprême intelligence qui a réglé les lois, suscité la vie, formé enfin à son' image l’homme, capable de comprendre el d’admirer son œuvre !