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DES INÉGALITÉS DU GLOBE

La surface du globe change d’aspect ; là où nous foulons aujourd'hui un sol continental, la mer a séjourné et séjournera encore; la région où elle est à présent fut jadis, et redeviendra plus tard encore un continent. Le temps modifie tout.

Aristote, Traité des météores.

Et mare contrahüur, siccœque est campus arenæ Quod modo ponlus crat : quosque allum texerat œquor Existunt montes.

Ovide, Métamorphoses, IL

Nous avons maintenant les données nécessaires pour nous faire une idée de l’origine des montagnes, dans l’hypothèse que nous admettons.

Prenons la terre au moment où sa surface était encore entièrement liquide, et formait une mer lumineuse de minéraux en fusion. L’atmosphère qui recouvrait cette surface devait être 140 ou 150 fois plus considérable que la nôtre, llien que l’eau des mers, qui, répandue uniformément sur le globe aplani, le couvrirait d’une couche d’au moins 1000 m; rien que celle eau réduite en vapeur pèserait cent fois plus que l’air, puisqu'il n’en faut que 32 pieds ou 10 m pour peser autant que lui. Or avec l’eau se trouvaient dans celle atmosphère toutes les autres substances volatiles, les éléments des êtres vivants, ceux du sel de la mer, les gaz des calcaires et d’une foule de roches.

Des pluies de matières incandescentes, des ouragans et des tempêtes, d’une violence proportionnée à l’épaisseur et à la complication de cette atmosphère prodigieuse, devaient agiter continuellement la surface bouillonnante de l’océan igné. Les premières scories flottantes qui s’y for-

L’ORIGINE DES MONTAGNES

nièrent devaient avoir, sur une échelle gigantesque, les formes âpres et déchirées que nous présentent celles que nous pouvons voir aujourd’hui sur les courants de lave.

Quand il y eut assez de ces scories, ballottées à la surface du liquide ardent, pour se toucher, se souder et former une croûte continue, cette croûte était hérissée d’aspérités dues à l’entassement de ces blocs irréguliers.

Nous pouvons, du reste, assister, plus facilement que dans une éruption volcanique, à un phénomène analogue, dû aussi à la solidification par refroidissement d’une surface liquide, quoique produit sur une plus petite échelle, c’est la congélation en hiver des grands fleuves et la formation des banquises des mers polaires. Nous voyons se former des fragments irréguliers, qui se heurtent, basculent, s’arc-boutent, se soudent en croûte; puis les mouvements du liquide brisent la croûte en fragments plus grands, qui chevauchent, basculent et s’arc-boutent en saillies plus hautes; l’eau sort par les fissures, et se gèle en solidifiant et épaississant les saillies; la condensation des vapeurs atmosphériques assure les lignes et harmonise les contours.

Grandissons par la pensée la taille des fragments soudés, l’énergie des impulsions et la durée des entassements, nous nous ferons une idée de ces inégalités primitives de la croûte terrestre.

De même que la croûte glacée des fleuves, la croûte ardente de la terre a dû se briser à plusieurs reprises en fragments d’autant plus grands qu’ils étaient plus épais, et par conséquent d’autant plus saillants, lorsqu’ils basculaient en s’arc-boutant : les fractures des croûtes successives se faisaient plutôt là où chacune d’elles était plus irrégulière par ses deux faces, c’est-à-dire là où elle s’était déjà brisée. Ainsi s’accusèrent dès le principe des surfaces

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