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CHAPITRE VI

d’une série de soulèvements opérés avant, pendant et après leurs dépôts. La seule inspection de ces figures fera reconnaître comment on peut assigner, pour ainsi dire, son âge à chaque pan de montagne au pied duquel on a examiné avec soin la disposition des couches.

Cet examen a donné ce premier résultat, qu’une chaîne montagneuse est rarement le produit d’une seule époque de soulèvement; généralement plusieurs mouvements, à des périodes très -différentes, ont concouru à donner à un système de montagnes sa disposition générale et ses formes primitives, que les érosions ont ensuite modifiées d’une manière plus ou moins compliquée.

M. Élie de Beaumont, une des gloires de la science française, a remarqué un second résultat, qui, s’il se confirmait par l’étude géologique des montagnes de tous les pays du monde, serait une des plus admirables lois de la nature, en même temps qu’une des plus grandes découvertes des temps modernes, c’est qu’en Europe, et dans les pays voisins, les soulèvements contemporains seraient parallèles.

L’observation d’un grand nombre de faits de ce genre, où la contemporanéité de ruptures rectilignes ayant la même orientation est bien établie, amènerait à cette conclusion, que les soulèvements de montagnes sont la conséquence d’un fait géométrique, savoir : la rupture ou le plissement de l’écorce terrestre, par suite du retrait dû à son refroidissement, suivant un système régulier de grands cercles de la sphère. Ce système, où les directions principales des ruptures paraîtraient se trouver en rapport avec les côtés d’un pentagone régulier, a reçu de M. Élie de Beaumont le nom de réseau pentagonal.

Quelle que soit la cause théorique des soulèvements de montagnes, l’étude détaillée de toutes les chaînes d’Europe

L’ORIGINE DES MONTAGNES

a mis en lumière un fait très -favorable à l’hypothèse de la fluidité primitive du globe et de l’épaississement progressif de son écorce. Lorsqu’on examine la liste chronologique des montagnes étudiées, on voit que les plus anciens soulèvements sont relatifs à de faibles saillies, tout au plus des collines (Bretagne, Ardennes, bords du Rhin), puis ceux de l’époque moyenne à des montagnes du second ordre (Vosges, Jura, Gévennes), tandis que les derniers sont sur une échelle gigantesque. Ce serait une conséquence naturelle de l’épaississement graduel de l’écorce terrestre par sa base. La croûte ne peut être rompue que par un effort plus violent, qui porte plus haut le bourrelet plus épais produit par la rupture. Ainsi les montagnes les plus récemment produites sont les grandes chaînes des Pyrénées d’abord, puis des Alpes, des Andes et de l’Himalaya.

Les pics les plus élevés du monde, qui couronnent ces deux dernières grandes chaînes, paraissent être des pics volcaniques ; or c’est à des apparitions de volcans que l’on pourrait attribuer la dernière grande catastrophe, contemporaine de l’homme, dont toutes les traditions primitives ont gardé le souvenir; je veux dire le déluge. Nous reviendrons sur cette grave question.

Les dernières convulsions du globe, qui ont dû être les plus épouvantables, ont déterminé la forme générale des saillies qui forment le squelette de nos continents actuels.

Le creusement des vallées actuelles , le remplissage de leurs lacs, etc., sont l’effet de la circulation des eaux, que nous étudierons plus tard.

Mais le dépôt des couches , leur changement de nature , leur interruption, sont dus au déplacement du lit des mers, causé lui-même par des actions lentes, dont l’importance ne le cède pas à celle des soulèvements que nous

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