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CHAPITRE VII

autres des fruits d’une sorte de végétation pierreuse. Les opinions de Bernard Palissy et de Stenon étaient si bien restées lettre morte dans les centres intellectuels de l’Europe, qu’en plein xvme siècle un squelette d’une grande salamandre , trouvé à Æningen , près Constance , était décrit comme un reste humain par Schcuchzer, et devenait célèbre sous le nom de homo diluvii teslis (fig. 94). On regardait les gros ossements comme des os de géants ; un squelette de mastodonte fut ainsi colporté dans toute l’Europe, sous le nom de « restes du roi Teutobochus ». Enfin, on se rappelle la fameuse querelle de Voltaire et de Buffon, à propos des coquilles trouvées dans des rochers au sommet des Alpes. Celui-ci voulait y voir une preuve du déluge biblique; et Voltaire, plutôt que d’admettre un fail en faveur de la Bible, prétendait que c’étaient des coquilles jetées là par les pèlerins allant de Saint- Jacques-de-Compostelle à Borne.

L’opinion la plus enseignée était que les fossiles étaient des restes d’hommes, d’animaux et de plantes vivant sur le globe à l’époque du déluge. Ils auraient été mélangés avec les matériaux du sol, la partie supérieure de celui-ci ayant été défoncée et liquéfiée à l’état de boue par la violence des eaux.

Le premier savant qui, vers 1770, reprenant les études et les idées de Bernard Palissy, exposa nettement une chronologie des couches, reconnues à leurs fossiles, vit comme son prédécesseur sa voix se perdre dans le vide : c’était encore un Français, l’abbé Giraud -Soulavie.

C’est seulement aux dernières années du siècle que deux intelligents observateurs, William Smith en Angleterre, et Alexandre Brongniart en France, étudièrent et décrivirent, non-seulement par leur structure et leur composition minérale, mais aussi par leurs coquilles et autres

LA GEOLOGIE

débris fossiles, celui-là les couches du bassin de Londres, celui-ci les couches du bassin de Paris.

Mais il n’était venu à l’idée de personne, jusque-là, qu’il eût pu jamais exister des séries de formes animales et végétales entièrement différentes des nôtres, et tout à fait disparues, ni que les mers et les terres eussent jamais pu avoir une autre disposition que celle qu’elles ont aujourd’hui.

Or, en 1804, Cuvier, qui suivait avec intérêt les recherches de Brongniart, son ami et son collègue, et qui s’occupait alors d’un grand travail sur l’anatomie comparée des animaux supérieurs, reçut des carrières à plâtre de Montmartre une grande quantité d’ossements, pour déterminer à quelles espèces animales ils avaient appartenu. Pour cela, il se procura les mêmes os de toutes les espèces vivantes dont leur forme pouvait les rapprocher. Il put alors constater sur ces mammifères, reconnaître el affirmer au sujet des autres fossiles, un fait inattendu, au premier abord incroyable, vérifié depuis par des milliers d’exemples : c’est qu ''aucun des animaux fossiles ri appartient à une espèce encore vivante aujourd’hui.

Un ouvrage monumental, un grand in-folio que l’on trouve dans toutes les bibliothèques publiques sous le titre : Ossements fossiles, et dont le fameux Discours sur les révolutions du globe n’est que la préface, popularisa ces faits nouveaux, et mit la géologie à l’ordre du jour.

Une description des couches des terrains des environs de Paris, par Alexandre Brongniart, qui forme le troisième volume de l’ouvrage, devint le modèle d’une foule de travaux analogues, entrepris sur tous les points de l’Europe civilisée. On décrivit avec soin la nature et l’ordre de superposition des couches et la forme exacte des traces fossiles d’animaux et de végétaux qu’on y rencontrait. La France, l’Angleterre et l’Allemagne rivalisèrent de zèle , organi-

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