CHAPITRE VII
des durées considérables; donc il s’est écoulé, avant l’arrivée de l’homme sur la terre, des temps immenses. Pendant ces temps se sont succédé les multitudes d’espèces éteintes d’animaux et de végétaux dont nous trouvons si abondamment, dans les couches superposées qui constituent le fond des mers successives, les restes fossiles, c’est-à-dire enfouis, moulés, et laissant après des myriades de siècles, sinon leur substance, au moins leur forme.
Avant d’aller plus loin, entendons-nous sur la vraie signification de ce mot d 'espèce, dont la définition est la base de toute l’histoire naturelle.
Tout le monde sait que la plante sortie d’une graine ressemble à celle qui avait fourni la graine, que l’animal sorti d’un œuf ressemble à celui qui avait pondu l’œuf. Cette similitude des êtres vivants nés les uns des autres nous porte à penser que ceux qui ont entre eux ce même degré de ressemblance doivent avoir une origine commune. On nomme espèce l’ensemble de tous les êtres vivants ayant entre eux ce degré de ressemblance, ou mieux la personnification des caractères trouvés communs à des êtres nés les uns des autres, et étudiés dans des circonstances de développement aussi variables qu’a pu les fournir l’expérience.
Ainsi , quand on dit V espèce chien , on veut désigner l’ensemble des caractères communs au caniche comme au lévrier, au terre-neuve comme ou king-charles; de même que si on dit l’espèce poirier, on veut désigner aussi bien les arbres qui donnent les poires de bon-chrétien ou de duchesse , que ceux dont les fruits à goût d’encre servent à faire le poiré. Les caractères exceptionnels qui sont le résultat de changements dans les conditions de vie, nour-
LA GEOLOGIE
riture ou climat, exposition ou exercice, sont désignés par le mot variété de l’espèce. Une variété qui s’est reproduite à plusieurs générations successives , et est devenue héréditaire, constitue une race.
Les variétés ou races les plus diverses , en s’alliant ensemble, donnent des descendants vigoureux et féconds nommés métis, plus rapprochés de l’espèce type ; tandis que les descendants fortuits d’espèces voisines, appelés hybrides, tels que les mulets, n’ont pas eux- mêmes de descendance : en sorte que le type de l’espèce se maintient fixe, les variétés consistant toujours en plus ou moins d’accroissement de tel ou tel organe, jamais en l’apparition d’un organe nouveau.
Il est certain que les espèces naissent et meurent comme les individus. Nous en avons vu mourir, mais nous n’en avons pas vu naître. Nous sommes nous -mêmes une espèce, à un degré de dignité exceptionnel, il est vrai, mais aussi la dernière arrivée au monde. L’homme n’ayant pas assisté au phénomène de la naissance d’une espèce, et les recherches expérimentales n’ayant jamais pu fournir à ce sujet aucune donnée probante, la science ii nmaine ne peut présenter de l’origine des espèces aucune explication qui 11e soit une hypothèse ou un rêve.
Quelque ingénieuse que soit la fameuse théorie du transformisme, qui a illustré le nom du naturaliste anglais Darwin , elle ne repose sur aucun fait positif. Elle est d’ailleurs sortie du paisible et loyal domaine des hypothèses scientifiquement discutables, en devenant une arme des passions antireligieuses, par sa révoltante conclusion qui fait de nous les petits-fils du singe.
Cette conclusion est impossible, aussi bien au point du vue philosophique devant le fait de la raison qu’au point de vue religieux devant le fait de l 'âme.