CHAPITRE VIII
Et terra erat solitude et inanitas. Les Septante , qui vivaient aux beaux temps de la savante Alexandrie, disent: invisibilis et incomposita. On ne pourrait pas mieux traduire aujourd’hui l’idée de gaz et l’idée de corps simple. Les expressions inexplicables il y a deux siècles s’expliquent aujourd’hui, où nous savons qu’une chaleur suffisante donne à tous les corps Y état gazeux , en même temps qu’elle les décompose en leurs éléments ou les dissocie.
Nous pouvons donc traduire : « Or la matière pondérable, immensément dilatée, était à l’état de gaz trèsraréfiés et non encore unis par la combinaison chimique. » Et caligo super jades (au pluriel) abyssi. « Elle était donc encore ténébreuse dans tous les points de son étendue sans limites. » Et Spiritus Dei motabat (était en mouvement; le mot du texte syriaque veut dire incubabat, couvait) super faciès aquarum. « Mais la volonté de Dieu avait donné une énergique force impulsive à tous ces fluides. »
Voilà, si l’on veut, Yimpulsion initiale de Laplace, et V attraction universelle de Newton.
Et clixit Deus : SU lux , et fuit lux. La forme, à si juste titre admirée , est ici intraduisible , parce que nous n’avons pas de mot français, même scientifique, pour exprimer, comme le fait le mot hébreu , la cause unique dont la chaleur et la lumière sont les effets sur deux de nos sens, et de laquelle dépendent aussi les combinaisons chimiques avec leurs propriétés nouvelles, et aussi l’électricité, et bien d’autres choses. Le mot « force physico-chimique », employé par quelques auteurs, est trop ridiculement prétentieux pour figurer honorablement en matière grave. Mais il nous semble bien que Moïse veut dire : « Au moment déterminé par Dieu , la combinaison de tous ces éléments s’opéra, rayonnant dans l’espace ce que nous appelons chaleur et lumière. »
DEUX PAGES DE LA GENESE
Et vidit Deus lucem quocl bona ( esset ) : « Et Dieu vit ce rayonnement, qui était le parfait accomplissement de sa volonté. » Nous retrouverons souvent cette affirmation de la satisfaction de Dieu devant son œuvre; c’est la négation de la doctrine des nombreuses hérésies qui admettent la participation d’un principe du mal à la création.
Et divisit Deus inter lucem et inter tenebras. On pourrait traduire : « Et Dieu avait mis des intervalles entre les espaces lumineux, que séparèrent des espaces obscurs, » et voir là la séparation des anneaux successifs de la nébuleuse primitive. La terre a eu sa part dans la production de cette lumière; elle a étincelé à son tour comme un soleil, et notre système a passé par la phase dont les étoiles multiples sont encore des témoins au ciel.
Et vocavit diem lucem, et tenebras noctem. Tournure de phrase tout orientale et presque intraduisible. On peut proposer d’ailleurs plusieurs explications : imposer un nom , dans l’antique Orient, était l’exercice par excellence de la prise de possession, le privilège de la propriété. La pensée ici exprimée pourrait se rapprocher de celle du Ps. lxiii : Tuus est dies, et tua est nox: « Le jour et la nuit vous appartiennent. »
On pourrait peut-être aussi, en traduisant : « La période lumineuse , Dieu l’appelle son jour, et les ténèbres qui l’ont précédée sa nuit, » voir là une première exposition de l’idée du jour dans l’œuvre divine. Toute cette première page, ne l’oublions pas, a pour but, avec l’affirmation du dogme de Dieu créateur, la consécration par l’exemple divin de l’institution de la semaine, pour arriver au commandement du repos du septième jour. Celte interprétation se lierait bien au passage qui vient ensuite: Et fuit vespera , et fuit mane, dies unus ( unus pour primus). Moïse mettra une véritable insistance à répéter six