CHAPITRE II
Lavallée, professeur de cette science dans la seule école de France où l’on en exigeai une certaine connaissance, Fécule de Saint -Cyr. « Malgré les efforts qui ont été faits pour étendre, simplifier, relever et populariser une science qui est d’une perpétuelle et universelle utilité, il n’en est pas qui soit moins considérée et plus ignorée. La faute en est d’abord à l’opinion vulgaire, qui abandonne dédaigneusement à 1 enfance 1 étude de la géographie; ensuite et surtout à l’enseignement, qui est resté presque entièrement étranger au progrès scientifique. En ellet. les ouvrages élémentaires publiés de nos jour- >emblenl calqués sur les plans de leurs devanciers : ce sont des compilations plus ou moins arides cl décousue-, dans lesquelles . parlant du principe (pie l’intelligence est inutile pour une élude reléguée maladroitement dans le domaine de la mémoire, on détaille el on accumule les faits sans liaison et sans rapport, comme si l'un faisait l’inventaire du globe. Les savants ont vainement réclamé contre ce chaos indigeste dont on charge la mémoire des jeunes gens : vainement ils ont blâmé ces abrégés ou traités généraux qui ne sont que des catalogues de pays et de villes, ces prétendues méthodes fondées sur des bases éventuelles el des classifications arbitraires...: la routine l’a emporté -ur la science des Lacroix, des llumboldl . de- Hitler, etc. »
L ouvrage d où celle citation est extraite, le seul classique en usage qui échappe un peu au reproche qu’il fait si justement aux autres, est intitulé Géographie militaire. Il faut remarquer ce préjugé tout français, de regarder la géographie comme « bonne pour les militaires ! » Faut-il donc croire que les civils , ne sortant jamais des grandes routes, u ont besoin que du livret qui dit les heures du chemin de fer ou des correspondances, ou tout au plus de ces petits guides dédiés aux voyageurs bénins et confiants,
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auxquels il suffit du nom cle l'hôtel où on peut se présenter de la part de l’auteur, et de la liste des curiosités de la localité avec les prix « tout au juste pour les porteurs du livret »?
On ne vient pas facilement à fioul d’une routine enracinée durant un demi-siècle. Depuis une dizaine d’années, les réclamations d'hommes intelligents et patriotes commençaient à percer 1 indifférence publique. Le nouvel enseignement , dit secondaire spécial , proposait , pour l’étude de la géographie, un programme qui était toute une révolution. Un excellent ouvrage d'Elisée Reclus, la Terre; les nombreuses publications d’Ad. Joanne, et de bons livres de vulgarisation, notamment ceux de Fabre, Mangin, Figuier, elc., avaient obtenu un succès mérité. Nous ne pouvons ici oublier la mémoire d'un homme qui a eu une grande part dans ce mouvement, M. Bardin, professeur à l’école d’application de Melz. Il avait rêvé toute sa vie la réorganisation de l’enseignement géographique en France; il avait créé une méthode rationnelle, ébranlé, par d’incessantes réclamations, l'inertie de la routine administrative, et accumulé un matériel d’enseignement qui représente une somme prodigieuse de travail personnel. 11 est mort à la peine; mais il avait semé la réforme qui germe aujourd’hui.
Il n'a fallu rien moins, pour déterminer cette réforme, que l’épouvantable leçon que vient de subir la France. L’insuffisance des connaissances géographiques de nos officiers , tant anciens qu’improvisés , les conséquences lamentables et multiples de notre ignorance et de notre imprévoyance à cet égard, ont frappé tous les esprits. Un rapport officiel sur l’enseignement géographique dans nos établissements d’instruction par M. Levasseur, un des plus ardents promoteurs de la réorganisation, a révélé