CHAPITRE VIII
appeler l'attention. Le quatrième jour a toujours embarrassé les commentateurs, et donné en apparence beau jeu aux ennemis de la Bible.
Strauss, d’un ton de triomphe, déclare ici trois choses impossibles : 1° la terre avant le soled , autour duquel elle gravite; 2° la lumière avant le soleil, qui la produit; 3° la plante avant le soleil, dont l’action est nécessaire à sa nutrition.
L’explication que nous proposons, et que le lecteur a certainement pressentie, répond à toutes les objections. Lite est tellement simple , qu’il y a lieu de s’étonner qu’elle n’ait pas été, depuis longtemps déjà, développée et rendue populaire.
Le soleil n’a pas été créé au quatrième jour; il est seulement apparu pour la première fois à cette époque, le vêtement de nuages qui enveloppait jusque-là la terre s’étant aminci, puis déchiré pour la première fois.
Ubi eras, dit Dieu à Job (ch. xxxvm), quando ponebam fundamenta terrœ ? ... cum me laudarent simul aslra matutina , et jubilarent omnes filii Dei ?.. . cum ponerem nubem vestimentum ejus , cl caligine illud quasi pannis infantiœ obvolverem? « O Ci étais-tu, lorsque je posais les fondements de la terre? lorsque tous les astres que je venais de créer me louaient à la fois, à la gronde joie de tous mes anges? lorsque je posais la nue comme un vêtement de la terre, et que je l’enveloppais de toutes parts d’épais brouillards , comme on enveloppe un enfant de langes? »
Il nous semble évident que ce texte, emprunté à un livre presque contemporain de ceux de Moïse, et plus riche qu’eux en détails physiques, nous dit bien que les astres étaient créés lorsque la terre n’était encore qu’en voie de formation, et que, plus tard, la terre a été complé-
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tement vêtue de nuages, comme le sont encore les planètes Jupiter et Saturne.
Ces nuages ont une telle importance, que le livre de Job y revient à chaque instant dans l’énumération des merveilles de la création (chap. xxvi, xxvm, xxxvi, xxxvii, xxxvm). Aquas appendit in mensura : « Il a suspendu les eaux dans l’air suivant une certaine mesure. » Nubes spargunt lumen suum... : « Les nuées servent à répandre la lumière tamisée. » Imbres qui de nubibus fluuni, quæ prœtexerunt cuncta desuper : « Les pluies s’écoulent des nuages, qui ont jadis recouvert toute la surface du monde. » Extendit nubes quasi tentorium suum: « 11 a étendu le rideau de ses nuées , comme une tente autour de la terre, » etc. etc.
Le texte relatif au quatrième jour pourrait donc se traduire ainsi: « Alors, sur l’ordre de Dieu, apparurent directement visibles dans le ciel, à travers l’atmosphère éclaircie, les sources de lumière qui étaient la cause du jour et de la nuit. » ( Luminaria sint in expansione cœlorum ad dividendum inter diem, et inter noctem.) Et quelles raisons donnera d’abord Moïse de cette apparition?
« Ils apparurent pour nous donner des moyens précis de mesurer les saisons, les jours et les années. » (Et sint in signa et tempora, et dies et annos.) On sait quel rôle important avait l’observation des astres au point de vue religieux, pour la fixation des fêtes, la mesure légale du temps, etc. « Mais en même temps ces astres servent au ciel de flambeaux célestes pour illuminer la terre. » (Et sint in luminaria in expansione cœlorum ad illuminandum super terram.) « Et il y en avait deux principaux, parmi ces luminaires, que Dieu avait créés : le plus brillant présidait au jour ; le moins brillant présidait à la nuit; les autres étaient les étoiles. »