‹ Les montagnesChapitre 192 sur 313 · CHAPITRE VU I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU I

d’hui les animaux domestiques qui nous aident, le menu gibier que nous chassons, et les bêtes féroces que nous combattons. »

On peut remarquer encore la précision de ce choix des animaux qui caractérisent si bien les terrains tertiaires et quaternaires : jumentum, la bête de somme, l’herbivore, qui domine, en effet, d’abord; reptile , la petite bête basse sur pattes, c’esl -à-dire les autres mammifères, pour montrer que tous y étaient; enfin feram, la bête féroce, qui abonde au moment oii l’homme, nouvel arrivant, se trouvera forcé de lui disputer le sol et la proie.

Et dixit Deus : Eaciamus hominem in imagine nostra secunclum similitudinem nostrarn, et dominentur in pisces maris et volatile cœli, et in jumentum et in omnem terrain, etc.

La forme solennelle nous annonce le dernier et principal acte de la création : c’est l'homme fait à l’image de Dieu , établi roi de toutes les créatures et de la terre entière ! La création esl terminée.

Vidât Deus omne quod fecerat, et ecce bonum valde. Dieu contemple son œuvre achevée, et tout y était au plus haut point conforme à sa volonté.

Et requievit Deus in die seplimo ab omni opéré suo quod fecerat. Et benedixit Deus diei septimo et sanctificavit ilium. Voilà la conclusion et la raison de tout le développement, le précepte fondamental du repos du septième jour justifié par l’exemple divin1.

i Quelle est l’époque de notre histoire humaine désignée par ce septième jour, le jour du repos de Dieu? S’il nous était permis de suggérer humblement ici notre avis, tout en déclarant d’avance notre complète soumission à ce que pourrait un jour décider l’Église sur ce point comme sur tous les autres, il nous semble bien que la conséquence naturelle de l’explication des

DEUX PAGES DE LA GENÈSE

Que le lecteur veuille bien maintenant prendre la peine de comparer au texte que nous venons d’analyser le court résumé qui le précède, dont les six divisions correspondent précisément aux six jours de la semaine divine. Nous voulons lui laisser le plaisir de constater par luimême l’étonnante coïncidence des expressions hébraïques avec les résultats scientifiques que personne, il y a cent ans, et à plus forte raison du temps de Moïse, ne pouvait soupçonner.

jours gcnésiaques par les périodes géologiques est que ce septième jour est celui qui n’aura point de fin, celui de la vie future et de l’éternelle vision de Dieu.

Remarquons que le septième jour, dans le texte, n’a ni soir ni matin : Dies septimus sine vespera est, nec habet occasum. (S. Augustin, Conf., xm, 36.)

Nous serions donc encore, ce me semble, dans le sixième jour, le jour de l’homme. L’activité de Dieu veille encore sur le monde , et l’histoire est pleine de ses œuvres : Pater usque modo operalur in vobis. Jusqu’ici, à cause de l’opinion des jours de vingt-quatre heures, il fallait bien expliquer ce repos de Dieu par la cessation de son activité créatrice, la non-production de lois ou d’espèces nouvelles. Avec l’interprétation plus large admise aujourd’hui au sujet des jours, on pourrait admettre aussi au sujet du repos divin cette interprétation , non-seulement plus large, mais plus belle, plus simple et plus satisfaisante pour l’esprit. La question du temps passé mis au lieu du futur n’est pas une difficulté dans un texte poétique et imagé, où partout l’expression s’accommode à la portée de l’intelligence humaine. On sait qu'il n’y a ni passé ni futur pour Dieu. Le pe.rfecti sunt cœli et terra et omnis exercüus eorum ne serait -il pas plus vrai quand la « communion des saints » sera complète, et la division qu’on cherche en vain entre le sixième et le septième jour ne serait-elle pas le jugement dernier ?

Page 1