LE DÉLUGE
L'histoire de la création ayant été écrite pour l’homme, ce sont principalement les choses qui regardent l’homme ou sa demeure que l’inspiration y a voulu spécifier, et il n’y est parlé d’aucune qu’en tant qu’elle se rapporte à l’homme.
Descartes.
Nous avons dû laisser de cûlé, comme étrangers à notre sujet, les passages et les difficultés qui ne touchent pas aux sciences géologiques , et nous nous sommes arrêté au point où Moïse abandonne l'histoire générale de la nature pour l’histoire particulière de l’homme. Pour compléter notre étude, il faudrait traiter d’une manière analogue les chapitres vi, vu et suivants, qui racontent l’histoire de Noé et du Déluge. Mais ce n’est plus le texte de Moïse, ici, qui manque de détails, c’est la géologie, qui n’a encore sur ce sujet rien de précis ni de définitif.
Elle constate toutefois qu'il y a dans toutes nos plaines un dépôt de transport violent, indiquant une durée relativement courte, avec une intensité et une abondance qui s’expliqueraient difficilement par l’irruption de masses d’eaux comme celles de nos inondations actuelles. Ce dépôt s’appelle, dans l’Europe occidentale, le diluvium; le courant qui l’a produit paraît être venu du côté des Alpes, et paraît très-bien s’expliquer par le dernier soulèvement de ces montagnes.
En Asie, où l’on n’a pas fait encore de recherches géologiques assez étendues ni assez reliées entre elles, on se trouve d’un côté en présence de formidables phénomènes
DEUX PAGES DE LA GENESE
volcaniques, et, d’un autre côté, les géologues anglais et russes sont d’accord avec M. Elie de Beaumont pour reconnaître que le dernier soulèvement de l’Himalaya est contemporain de celui des Alpes, ^c’est-à-dire postérieur aux derniers terrains tertiaires. En Sibérie, les effets violents et soudains d’une irruption des eaux, s’écoulant de l’Altaï vers l’océan Arctique, sont surabondamment prouvés par cette quantité d’ossements d’éléphants et autres grands herbivores, et par ces mêmes animaux trouvés gelés, avec leur chair et leur poil , dans les alluvions d’embouchure des grands fleuves de ce pays. Enfin, du côté de la Chine, de l’Inde et de la Perse, beaucoup d’indications de blocs erratiques ou d’amas de grands ossements, trouvés à diverses hauteurs, nous font vivement désirer des déterminations réellement scientifiques, et un travail d’ensemble que les sociétés géologiques ne peuvent plus nous faire longtemps attendre.
Les impossibilités matérielles que ferait naître le récit biblique entendu à la façon naïve de certains commentateurs des derniers siècles, qui se tirent d’une difficulté philologique ou physique en prodiguant les miracles, sont aujourd’hui résolues par les théologiens aussi bien que celles du récit des six jours. L’universalité du déluge peut se borner à l’homme et aux animaux qui habitaient avec lui la terre cultivée; le mot hébreu employé a plutôt cette acception particulière, et il y en a un autre plus usité pour l’acception générale.
Le texte biblique lui-même, en dehors des preuves physiques , fournit des arguments en faveur de cette opinion , notamment pour le point si attaqué de l’universalité des animaux. Nous ferons remarquer le partage en animaux purs et impurs, qui ne peut s’appliquer qu’à ceux que Noé connaissait, et surtout ce détail de la promesse de