CHAPITRE VIII
Dieu à Noé, qui s’étendra ( tam in volucribus quant jumentis terrœ cunctis quœ egressa sunt de area, et in unioersis bestiis terrœ ) aux volatiles et à tous les animaux domestiques qui sont sortis de l’arche, et aussi à tous les animaux de la terre.
Il est naturel de penser que la préservation des animaux a pour principal but l’utilité de l’homme; on peut remarquer cette insistance à ne citer que les animaux domestiques ou sauvages, mais non les animaux féroces; feram terrœ, comme dans le texte relatif au sixième jour. A l’appui de cette opinion , notons que dans nos contrées le grand ours, l’hyène des cavernes et d’autres n’ont pas laissé de traces après le diluvium.
Il ne faut pas oublier que le déluge s’est produit pendant la période glaciaire, et qu’alors les montagnes, même peu élevées, étaient couvertes de glaciers et inhabitables pour l’homme. Il faut aussi tenir compte de cette horreur qu'ont éprouvée tous les peuples anciens pour les montagnes, de cette épouvante instinctive qui les éloignait des précipices et des glaces, et qui n’a été surmontée par les populations que lorsque les plaines se sont trouvées trop petites pour les contenir.
Maintenant, l’eau du déluge vient-elle de l’ébranlement de la mer, ou de la fusion des glaces, ou de la condensation rapide des torrents de vapeur sortis de la terre entr’ouverte , ou de toutes ces causes à la fois? S’agit-il de phénomènes volcaniques analogues à ceux que nous allons étudier dans le prochain chapitre , mais simultanés et sur une grande échelle, ou de ces bouleversements inconnus qui peuvent accompagner les soulèvements de toute une chaîne montagneuse, comme celle des Alpes ou de 1 Himalaya? La géologie n’est pas en mesure de nous le dire encore. C’est notre espérance qu’elle le dira bientôt; mais
DEUX PAGES DE LA GENÈSE
les deux hypothèses confirment, l’une comme l’autre, la véracité du récit de Moïse.
Cela dit, passons, en nous bornant aux points qui touchent l’histoire naturelle du globe et de ses montagnes, à ce que nous dit le texte de la Genèse.
Les hommes, qui commençaient à se multiplier sur la terre, ont, par leurs crimes, fait repentir Dieu de les avoir créés. Dieu va les détruire ; mais Noé trouve grâce devant lui. Par son ordre, Noé construit une arche colossale, faite de bois enduit de bitume, couverte et bien close, divisée en trois étages avec compartiments, et d’une dimension suffisante pour contenir, avec lui et sa famille, leurs provisions et les animaux qui habitaient les plaines fertiles où vivait Noé. La Bible indique qu’il prit sept couples des animaux purs, c’est-à-dire propres à la nourriture et aux sacrifices, et deux couples des animaux impurs. De plus, elle les partage, au point de vue de leur utilité pour l’homme, en trois catégories: les animaux domestiques, jumenta; le gibier sauvage, reptile; et les oiseaux, volatile. Sept jours après que la porte de l’arche a été refermée sur ses habitants, le déluge commence.
In anno sexcentesimo vitœ Noach... rupti sunt omnes fontes abyssi magni , et cataractœ cœli apertæ sunt , et pluvia fuit super terram quadraginla dies et quadraginta noctes. « En la six centième année de la vie de Noé..., se. rompirent toutes les sources du grand abîme et s’ouvrirent les cataractes du ciel, » c’est-à-dire les eaux de la terre et celles du ciel, les deux catégories indiquées au second jour ( subter et super expansionem) , s’unirent dans une épouvantable irruption, « et la pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits. »