CHAPITRE IX
Les secousses souterraines d’avertissement préalable augmentent peu à peu en fréquence et en intensité ; le point où va se produire l’éruption se crevasse plus fortement et laisse échapper d’énormes colonnes de fumée. Celles-ci sont d’abord blanches, constituées par de la vapeur d’eau chargée d’acide chlorhydrique; puis, devenues abondantes et montant en ligne droite, elles noircissent par la cendre qui s’y mêle de plus en plus. Enfin une série de détonations , ou quelquefois une seule épouvantable explosion se produit, le sol se déchire ou vole en éclats sur une étendue considérable , et par l’ouverture s’échappent avec violence des matières gazeuses, que l’on a vérifiées être presque uniquement constituées par de la vapeur d’eau, et qui entraînent avec elles une immense quantité de ces fragments de pierres spongieuses nommées scories, avec des cendres plus ou moins fines, et de grosses masses lumineuses et arrondies de pierre fondue, qu’on nomme bombes volcaniques. Le jet, éclairé par une vive lueur venant du fond du cratère, et sillonné de traits de leu, semble une gigantesque colonne de flammes, autour de laquelle s’enroulent des tourbillons de fumée, dont le noir intense fail ressortir l’éclat des traits lumineux.
La figure 119, qui reproduit un dessin fail d’après nature à l’éruption du Vésuve, au mois de mai 1838, par M. Raymond Balze, donne une idée de l’aspect des petites éruptions dont on peut s’approcher. L’enceinte du premier plan est le cratère formé au sommet du cône du Vésuve, à 1260 m au-dessus du niveau de la mer. Au milieu de cette enceinte, d’où sort par une brèche un courant de lave, coulant sur les produits durcis des éruptions précédentes, il s’est formé un nouveau cratère de dimension beaucoup moindre, qui fait pleuvoir les scories et les bombes sur toute la cime du volcan.
LES VOLCANS
A une certaine distance, pendant le jour, un volcan, dans cette première phase de l’éruption, paraît surmonté d’une haute colonne noire s’étalant, à une certaine hauteur, en un sombre nuage horizontal, qu’on nomme le chapeau du volcan. Si le courant gazeux est régulier et la cendre peu abondante, il se produit ainsi d’abord, comme dit Pline dans sa célèbre narration de la première éruption du Vésuve, une apparence tout à fait semblable à la forme du pin parasol, si commun en Italie.
Mais, dans les grandes éruptions, le nuage opaque, formé de quantités presque égales de poussière d’eau et de poussière pierreuse, se gonfle en forme d’immense choulleur, comme la fumée d’un gigantesque bouquet d’artifice, puis s’étale au point de couvrir la contrée tout entière, qui se trouve ainsi plongée dans les plus profondes ténèbres.
Des décharges électriques comme celles de nos orages, mais d’une intensité incomparablement plus grande, se produisent entre le nuage et la montagne, et mêlent la lueur de leurs éclairs et les éclats de leur tonnerre aux jets lumineux et aux détonations du volcan. Bientôt ce nuage d’eau et de cendre se résout en une pluie diluvienne de boue opaque et fétide , vingt fois plus abondante que nos plus fortes pluies d’orage, formant à la surface du sol meuble des milliers de torrents d’une horrible fange. Dans le voisinage du cratère, la pluie de boue est accompagnée d’une pluie de pierres et de scories.
C’est un cataclysme de ce genre qui, lors de la terrible éruption par laquelle se réveilla le Vésuve en août 79, ensevelit en trois jours neuf villes ou bourgs, dont Pompéi et Herculanum. Pompéi a été exhumée, depuis un siècle, par des fouilles qui nous ont montré en action la vie à l’époque romaine. C’est uniquement sous la pluie de