CHAPITRE IX
cendres fines et de petites ponces qu’a disparu Pompéi. La quantité de matériaux qu’a vomis le Vésuve dans cette première éruption est prodigieuse. Les peintures de la montagne, trouvées sur les murs de la ville, nous montrent qu’avant cette éruption la montagne se bornait à l’enceinte appelée la Somma, le cône actuel n’existant pas. Cette seule éruption a créé un cône, couvert d’une dizaine de mètres de débris une surface de plus de dix lieues carrées, fait reculer d’un kilomètre le rivage de la mer, et envoyé des cendres jusqu’à Constantinople et jusqu’en Afrique.
A partir de cette terrible rentrée en activité du volcan, qui dormait depuis les époques antéhistoriques , ses éruptions se sont succédé à courts intervalles, sauf une interruption de loOO à 1030, pendant laquelle l’activité s’est portée vers les Champs Phlégréens (fig. 120), de l’autre côté de Naples. Dans ces derniers deux siècles et demi, le Vésuve a eu en moyenne une éruption tous les deux ou trois ans.
La plus récente (du 24 avril au 1er mai 1872) a été une des plus violentes : elle a mis en émoi l'Europe entière, par cette raison que, pour la première fois, il y a eu plus de victimes parmi les curieux et les touristes accourus pour la contempler que parmi les habitants de la montagne elle -même. Une fissure brusquement ouverte le long du chemin qui mène de Naples à l’observatoire, bâti sur un pli rocheux, à mi-côte, a subitement vomi des matières incandescentes sur la foule cosmopolite qui accourait à ce spectacle aujourd’hui mis à la mode, et fait parmi elle une centaine de victimes. L’un des nombreux courants de lave qui sillonnaient en tous sens la montagne est venu jusqu’à moitié chemin de Naples, ravageant deux bourgs sur sa route. Le Vésuve semblait vouloir se venger de
LES VOLCANS
l’épithète de « volcan de cabinet » dont l’a jadis gratifié un géologue. Le nuage opaque de cendre atteignait quinze lieues de diamètre, et les scories pleuvaient, encore incandescentes, et rendaient prudent de noyer les poudres à deux lieues de distance du cratère.
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Fig. 120. — Le Vésuve et les Champs Phlégréens.
Les torrents de boue dus à la pluie diluvienne qui descend du chapeau volcanique paraissent être, dans beaucoup d’éruptions, le phénomène le plus redouté et le plus destructeur. Dans les volcans géants à cime neigeuse, la fusion subite des neiges, par la chaleur de l’éruption, donne à ces torrents un volume prodigieux. Ils paraissent, en plusieurs cas, s’être compliqués de la rupture de barrages, laissant écouler de grandes masses d’eau renfermées depuis longtemps dans des cavités de la montagne. C’est ainsi qu’on, explique les poissons morts trouvés quelquefois en quantité dans les boues envahissantes, comme au Cotopaxi et à deux autres volcans du plateau