CHAPITRE IX
suivant la violence du courant. C’est l’origine la plus probable des cratères à parois verticales, que nous trouvons au sommet de presque tous les volcans , et qui changent ordinairement de forme à chaque éruption. La grandeur de ce cratère dépend évidemment de l’abondance des matières rejetées.
Or l’étude des volcans conduit à cette conclusion évidente, que les phénomènes volcaniques sont, à notre époque, en voie de décroissance. Les éruptions de laves comme celles du Skaptar- Jokul sont aujourd’hui trèsrares, tandis qu’elles ont été fréquentes avant les époques historiques. D’un autre côté, ces grandes enceintes à parois verticales, qui entourent généralement les cônes volcaniques, sont, la plupart du temps, tout à fait identiques aux cratères ordinaires, par la constitution de leurs pentes et l’aspect de leurs parois à pic.
Les géologues ne sont pas d’accord sur l’origine de cette enceinte annulaire qui semble représenter la masse primitive du volcan. Léopold de Buch et Humboldt l’attribuent seulement à un soulèvement; Lyell et Poulett-Scrope, seulement à l’accumulation sur un sol horizontal des matériaux vomis par les anciennes éruptions. 11 est probable que la vérité est entre les deux, comme il arrive d’ordinaire dans ce genre de discussions. L’intumescence trèssouvent évidente de l’ensemble des couches vers la partie centrale peut être une simple conséquence de l'introduction des laves, sous la forte pression qui produit l’éruption, dans toutes les fentes ou cavités intérieures de la montagne. On attribue à un moulage de laves dans des cavités d’un terrain meuble, ce terrain étant enlevé plus tard par l’érosion des eaux courantes, les singulières saillies rocheuses, si communes dans les pays volcaniques, et appelées dykes (fig. 131).
LES VOLCANS
Pour les dépressions centrales au moins, c’est-à-dire les cratères petits ou grands, tout le monde admet aujourd’hui qu’ils ont le plus souvent comme origine l’écroulement de la croûte supérieure du volcan , lorsque les érosions, les dissolutions et le gonflement des roches fondues par les bulles gazeuses qui les ont soufflées, ont fait un immense vide au milieu de la montagne.
Un phénomène non moins fréquent que les écroulements peut amener un résultat plus radical encore, et faire disparaître entièrement le sommet de la montagne : c’est sa pulvérisation par l’explosion première et les explosions consécutives, et la dispersion de ses cendres, ponces et scories sur une immense étendue.
On peut citer, comme exemples récents de ces épouvantables destructions : 1° l’éruption de la montagne du Papandayang à Java, en 1772, qui pulvérisa sa cime sur un espace dé plus de 200 kilomètres carrés, détruisant 40 villages et tuant 3000 personnes ; 2° l’éruption du Timboro, dans l’île de Sumbava, à l’est de Java, en 1815, où la masse de débris fit la nuit noire en plein midi , par un nuage opaque couvrant un espace plus grand que la France, où la pierre ponce flottait en couche d’un mètre d’épaisseur à la surface de la mer de la Sonde, où le volcan, dit Reclus, « détruisit à lui seul plus d’hommes que l’artillerie des deux armées aux prises sur le champ de bataille de Waterloo » ; enfin 3° l’éruption du Coseguina, dans le Nicaragua, en 1835, qui produisit quarante-huit heures de ténèbres sur une surface plus grande encore, de Mexico à Santa-Fé-de- Bogota, et, de Cuba aux îles Gallapagos, couvrit de cendres tout l’isthme de Panama, et de pierres ponces flottantes les deux mers riveraines, laissant, au lieu de la montagne , une surface rugueuse et ravagée qui n’atteint