‹ Les montagnesChapitre 22 sur 313 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

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« On a reproché à la méthode de Buaclie d’être quelquefois trop systématique et de tracer partout , sous prétexte de lieues de partage des eaux, de véritables chaînes de montagnes, même dans les plaines les plus horizontales.

« En effet, souvent les faîtes, les séparations d’eaux, ne sont que de faibles ondulations; quelquefois même, sur un sol absolument plat , les bassins ne sont séparés que par des ondulations à peine sensibles, et qui ne se distinguent pas ou presque pas sur le terrain.

« Il en est ainsi dans presque toute la Bussie et la Pologne ; au N. du lac de Constance, entre le Rhin et le Danube ; au N. du lac de Genève, entre le Rhin et le Rhône; entre les bassins de la Vistule et de l’Oder, de l'Oder et de l’Elbe, de la Seine et de la Loire, etc.

« 11 faut reconnaître qu’il peut en résulter de fâcheuses confusions et des notions inexactes. Toutefois l'usage, depuis Buaclie jusqu’à présent, a été tel, et nous ne pouvons ici qu’exprimer le désir que les cartographes modifient cette partie de la méthode. »

Nous ne pourrions pas mieux dire. Employé seul, et exagéré, il l’est aujourd’hui, le système des bassins ne peut • pie donner de fausses idées de la forme du sol et de la disposition des hauteurs.

Il semble, d’après la manière dont l’ont comprise certains constructeurs de cartes, que le principe de cette méthode soit celui-ci : il n’y a pas de rivière sans montagne; la surface du sol étant formée de saillies et de creux, l’eau est au fond du creux, et les saillies sont de chaque côté, parallèles au cours d’eau, qui doit être à peu près au milieu.

D’où le procédé suivant pour tracer les montagnes : le cours des rivières étant calqué, mener un trait à peu près au milieu de l’intervalle qui les sépare, et l’ombrer de

UNE SCIENCE MECONNUE

hachures en barbes de flèche : le trait est la ligne de faîte, les ombres sont les deux versants.

Regardez-y bien, vous trouverez maintes cartes classiques faites rigoureusement par ce procédé ; vous trouverez même, ce qui est plus fort, des cartes en relief!!... Je ne connais pas de carte murale, éditée en France pour l’enseignement classique, qui ne représente une belle chaîne de montagnes entre Bordeaux et la mer, de Roquefort à la pointe de Grave, au milieu du désert plat des Landes que représente la fig. 7 ; et une autre entre la Seine et la Loire, là où la Beauce est plate comme une table et plus basse de 50"’ que la plaine de Satory, c’està-dire à l’endroit qui se trouve précisément le plus creux du bassin de Paris, si on fait abstraction des érosions. De même, toutes mettent une superbe chaîne, dénommée le Jorat, au nord du lac de Genève, du col des Rousses à Lausanne, dans le seul endroit plat de la Suisse, et ne mettent rien au sud , là où se dressent les montagnes de la Savoie, de la Dent-d’Oche au mont Buet, gigantesques, il est vrai , mais n’ayant pas le suprême honneur d’être sur une ligne de partage des eaux. Altorf, Sion, Glaris, situés immédiatement au pied de masses colossales, l’Uri- Rothstock, l’Oldenhorn , le Glærnisch , paraissent être dans de vastes plaines, au sud desquelles seraient de minces montagnes, éloignées comme sont les Vosges de Strasbourg ou les Alpes de Milan.

La vraie division du sol saute aux yeux en regardant une bonne carte physique orographique, c’est-à-dire qui indique fidèlement les variations de hauteur du sol, comme nous nous sommes efforcé de faire dans les cartes qui accompagnent ce livre. C’est évidemment celle-ci : pays de plaines et pays de collines, pays de plateaux et pays de montagnes.

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