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CHAPITRE X

Cette grouillante armée des invisibles ennemis de la vie a reçu pour mission de détruire les tissus organisés pour en faire les matériaux d’organisations nouvelles. Ce sont les pourvoyeurs des vies naissantes aux dépens des vies mourantes qu’ils envahissent. C’est contre eux surtout qu’est exercé le combat de la vie. Dans la nature telle que Dieu l’a créée, cette lutte pour l’existence, struggle for life, comme on dit depuis Darwin, se continue dans des conditions bien équilibrées. La végétation, qui tend à prédominer, utilise immédiatement tout résidu , et les causes de destruction s’entre-détruisent elles-mêmes. Mais quand l’homme interpose maladroitement dans l’économie de la nature ses passions et ses préjugés, c’est toujours à son propre détriment.

Malgré toutes les inventions de la civilisation moderne, les grandes agglomérations humaines restent infectes et souillées, fiévreuses et stériles. Les villes sont le tombeau des générations, et ne se peuplent que du tropplein des campagnes et surtout des pays de montagnes, où les vies sont robustes et les générations fécondes.

On l’a dit quelquefois, et c’est le cas de le répéter, les plus petites causes produisent ordinairement les plus grands effets. Nous croyons pouvoir affirmer que, la plupart des maux physiques des villes et des plaines étant dus aux poussières de l’air, les bienfaits du séjour à la montagne tiennent surtout à ce que ces poussières sont de moins en moins abondantes à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère.

Une célèbre expérience de M. Pasteur démontre que ce fait, que l’admirable transparence de l’atmosphère des hauteurs rend évident pour les poussières visibles , ne l’est pas moins pour les poussières invisibles. A l'occasion de sa triomphante campagne contre les prétendues

générations spontanées ,*M. Pasteur transporta à diverses hauteurs, dans le Jura et dans les Alpes, des séries de ballons de verre à moitié remplis d’une dissolution organique altérable, et dont le col, étiré en pointe, avait été fermé à la lampe d’émailleur pendant l’ébullition du liquide. Après une telle opération, la chaleur ayant tué tout germe de vie, et la vapeur ayant chassé l’air, le liquide de ces ballons reste indéfiniment inaltéré, jusqu’à ce qu’en cassant la pointe on y introduise brusquement l’air extérieur avec ses poussières, s’il en contient. Il faut faire cette fracture avec grand soin, au moyen de longues pinces chauffées, en prenant toutes les précautions pour ne pas apporter soi-même, avec ses vêtements ou ses instruments, les poussières que l’on fuit. En fondant de nouveau la pointe, on enferme cet air, et, au bout d’un ou deux jours, si l’air contenait des germes, le liquide limpide se trouble en produisant des organismes microscopiques; sinon, il n’y a pas d’altération.

Or, sur une série de vingt ballons ainsi préparés et ouverts à Paris, il y en a au plus un qui restera intact; à la campagne, cinq ou six; M. Pasteur, sur les pentes du Jura, en a eu douze; au sommet, quinze; enfin sur la merde glace, devant l’hôtel du Montanvers, dix-neuf. Un seul sur vingt avait pris à l’air un principe de pourriture.

Voilà une preuve bien directe de la diminution des poussières vivantes, ces ennemis intimes de la vie, dans l’air qu’on respire aux montagnes. Il me paraît évident qu’on doit voir là la principale raison du bien-être qu’on éprouve sur les moyennes hauteurs, avec la fraîcheur de la brise et la beauté du ciel.

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