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CHAPITRE X

Mais, me dira-t-on, il y a encore un élément qui varie considérablement dans l’air à mesure qu’on s’y élève, el dont il faut tenir compte : c’est sa densité, sa force élastique ; quel effet doit en résulter sur l’organisme?

L’expérience prouve que la diminution graduée de la pression, rendant la même quantité d’air plus volumineuse, et diminuant par conséquent celle qui entre dans les poumons à chaque haleine, rend nécessaire d’accélérer les mouvements de la respiration et de la circulation; cet effet se produit d’une manière assez peu sensible, mais certainement agréable, tant qu’on ne dépasse guère l’altitude d’un millier de mètres ; d’une manière sensible , mais encore sans danger ni douleur, de 1500 à 3000 m ; avec des effets fâcheux, surtout pendant la marche, refroidissement, mal de tête, fatigue inouïe après quelques pas, ensemble de symptômes connus sous le nom de mal de montagne , à mesure qu’on atteint et dépasse 4000 m. C’est que le calibre des poumons, du cœur et des vaisseaux est calculé pour que le sang trouve dans l’air sa provision nécessaire d’oxygène aux environs de la pression ordinaire. Or il est facile, dans cette atmosphère vivifiante des hauteurs, d’amplifier un peu les mouvements respiratoires et d’en faire deux ou trois de plus par minute. L’effort qui en résulte n’est qu’un exercice, et non pas une fatigue; l’accélération du pouls n’est qu’un peu d’animation, et non pas une fièvre ; la sensation éprouvée est agréable, comme dans tous les jeux où le corps est en activité.

Mais si l’on dépasse le point d’équilibre, si l’on s’approche trop des bornes de l’étendue des mouvements des cotes et de l’élasticité des vaisseaux sanguins, la poitrine devient haletante, et le cœur, révolté contre la paresse des poumons, double et triple ses battements comme dans

la fièvre. Le sang n’a plus le temps de se revivifier pendant son trajet trop rapide, le corps se met en garde contre l’asphyxie : c’est une lutte vitale, une souffrance.

Arrivons à la plus importante et la plus féconde en résultats des modifications qu’éprouve l’air, à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère, c’est-à-dire à la température.

Toutes les ascensions, en montagne ou en ballon, ont prouvé que les couches supérieures de l’air sont d’autant plus froides, qu’elles sont à une plus grande altitude. La hauteur dont il faut normalement s’élever pour que la température s’abaisse d’un degré, n’est pas constante, comme le disent la plupart des traités classiques; elle est plus grande en hiver qu’en été, au sommet des hautes montagnes qu’à leur base. Nous avons affaire ici à un gaz perpétuellement mobile, et dont l’équilibre change à chaque instant. La couche d’air à température 0°, par exemple, qui, en hiver, ne s’élève guère au-dessus du sol, peut, en été, monter au delà de 4000 m au milieu de la journée, et redescendre, le soir, au-dessous de 1000; le système de ces couches se resserre ou s’élargit suivant la température du sol; leur régularité est troublée par les vents, qui quelquefois brassent la masse de l’atmosphère, mais souvent aussi se superposent sans se mélanger, par les nuages qui font ombre ou font écran, par les pluies et les orages, mais aussi par l’action même du sol des montagnes, de leurs couloirs, de leurs forêts, de leurs glaces. Ainsi les mesures faites en ballon sont assez differentes de celles obtenues en même temps sur les montagnes.

A cause de ces variations continuelles et des difficultés d’aller faire des observations là -haut dans les mauvais temps, on n’a pu encore trouver la loi précise, ni même

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