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CHAPITRE X

la chaleur du soleil , avant d’arriver à la terre, doit d’abord traverser l’atmosphère. Or les gaz , comme les autres corps, absorbent toujours une partie de la chaleur qui les traverse ; seulement la quantité absorbée dépend de deux choses : 1° la nature du corps traversé; 2° la nature de la chaleur elle -même.

On montre, dans les classes de physique, comment une plaque de sel marin, par exemple, laisse passer trèsbien la chaleur d’un foyer, tandis que le verre en arrête une grande partie, et une couche d’eau presque tout. Il en est de même des différents éléments de l’air. L’oxygène et l’azote sont très-perméables à la chaleur, tandis que la vapeur d’eau en retient au passage une portion comparativement énorme. Sous la même pression que les deux autres gaz, elle aurait un pouvoir absorbant presque huit mille fois plus grand, c’est-à-dire qu’elle l’a encore plus de cent fois telle qu’elle se trouve ordinairement dans les couches inférieures de l’atmosphère.

Mais il y a chaleur et chaleur. Celle qui vient d’un poêle, la chaleur obscure , comme on l’appelle, n’est pas la même que celle qui vient des charbons éblouissants de la lumière électrique; car celle-ci traverse assez bien le verre et même l’eau, tandis que la première est absolument arrêtée par ces deux corps. C’est parce qu’il y a de l’eau dans notre œil que nous ne voyons dans l’obscurité les corps chauds que s’ils atteignent ce que nous appelons la chaleur rouge; si notre œil était fait de sel massif, nous verrions la nuit tous les corps briller d’une lueur propre. Nous ne les voyons habituellement que parce qu’ils nous réfléchissent des rayons venant d’une source lumineuse.

Les rayons obscurs, c’est-à-dire ceux qui ne traversent pas l'eau, forment presque les 9/10° du total. L’eau en

vapeur a la même propriété que l’eau liquide : ce sont aussi ceux-là qu’elle absorbe en si grande proportion. C’est donc grâce à la vapeur d’eau que l’air s’échauffe, et. d’autant plus qu’il y a une plus grande épaisseur de couches humides.

La fraction de la chaleur solaire ainsi absorbée est beaucoup plus grande qu’on ne le croit. C’est au moins le quart , quand le soleil est très-élevé, et, comme l’épaisseur d’air traversé est bien plus considérable pour les points du globe qui ont le soleil presque à l’horizon, l’absorption totale de l’atmosphère terrestre doit dépasser la moitié de la chaleur qui la traverse, soit en venant du soleil, soit en revenant de la terre refroidie.

Arrêtons-nous un instant sur ce refroidissement de la terre échauffée.

Tant que le soleil est sur l’horizon, nous ne pouvons guère remarquer ce mouvement inverse de la chaleur du sol vers les espaces célestes. Mais la nuit, si l’air est sec et pur, le refroidissement de la surface terrestre est d’une intensité surprenante. En Espagne, en Italie, au Sahara même , on peut avoir de la glace en été , en laissant, la nuit, de l’eau dans des vases placés sur un paillasson mauvais conducteur, en un point saillant, sans abri, bien exposé au ciel dans toutes les directions. Si l’air est humide, au contraire, le refroidissement est bien moindre. Nous avons des nuits d’été aussi tièdes que les journées; toutefois on pourrait les trouver fraîches si on s’éloignait des murs, des arbres ou autres corps échauffés pendant la journée. Dans les temps couverts, on ne sent plus ce refroidissement du soir : les nuages jouent, sous ce rapport, absolument le rôle d’un toit.

Mais la vapeur transparente, elle, joue tout à fait le rôle du vitrage d’une serre : elle ne laisse plus partir

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