CHAPITRE X
la chaleur qu’elle a laissée entrer. Cette chaleur, en effet, est entrée lumineuse; elle a été absorbée par la surface du sol, qui la renvoie bien, mais à l’état obscur, où elle 11e peut plus s’en aller. Les couches voisines du sol s’échauffent donc en vertu de cette inégalité d’échange. La vapeur, plus légère que l’air, se formant continuellement à la surface de la terre humide, tend bien à se dissiper en montant; mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une vapeur, c’est-à-dire d’une matière gazeuse que le froid liquéfie. Les deux propriétés de la vapeur unissent leurs effets pour que les couches d’air les plus voisines du sol aient à la fois le plus d’humidité et le plus de chaleur.
Dans les hautes régions, au contraire, l’air devient d’une sécheresse extrême; le parchemin s’y racornit, le papier y devient cassant. Les aéronautes s’accordent à reconnaître que la sécheresse y est plus douloureuse à supporter que le froid.
Le refroidissement intense, causé par cette absence d’eau dans l’air, est d’ailleurs d’autant plus remarquable, ({lie les rayons directement envoyés par le soleil se font sentir avec plus d’intensité. C’est un fait bien connu, et scientifiquement vérifié, que l’ardeur du soleil est plus grande au même instant sur la montagne que dans la plaine. M. Desains, par des mesures simultanées à Lucerne et au sommet du Righi, a montré que cette faible différence de niveau de 1450 m suffisait pour occasionner 17 pour 100 de perte. Ramond a vérifié de même à Perpignan et au sommet du Canigou, sur deux échantillons de terre identiques, que, malgré le refroidissement si vif des hauteurs, un thermomètre, placé dans l’échantillon du Canigou, indiquait une température plus élevée que le thermomètre semblablement placé dans l’échantillon de Perpignan. Cette expérience a été répétée récem-
ment au sommet du Pic-du-Midi et à Bagnères-de- Bigorre, et a donné le même résultat.
Nous nous rappellerons ce fait, quand nous parlerons de la végétation des montagnes. La différence avec le climat polaire , et l’explication de la rapide végétation qui couvre de plantes, en quelques jours, les espaces débarrassés de neige, c’est que les racines sont énergiquement chauffées par les rayons du soleil.
L’augmentation de lumière accompagne naturellement l’augmentation de chaleur. On sait que , lorsque cette lumière est doublée par la réverbération des neiges, il est nécessaire d’employer des lunettes colorées, un voile vert, pour protéger les yeux contre son insupportable éclat. C’est pour avoir ignoré la nécessité de cette précaution que , lors de la mémorable ascension où fut vaincu pour la première fois l’inaccessible mont Blanc, le docteur Paccard descendit complètement aveugle, guidé par Jacques Balmat, qui eut lui -même longtemps les yeux malades, et déclara que la souffrance éprouvée par la lumière était la plus terrible de celles qu’on pouvait avoir à endurer dans les ascensions des hauts sommets.
Une preuve bien sensible de l’atténuation de la lumière par l’air est ce fait qu’on peut regarder fixement le soleil quand il se couche dans un horizon sans nuage. Bouguer a vérifié que son éclat pouvait n’être plus alors que le 1300° de son éclat maximum à midi en été.
C’est cette vive lumière des hauteurs qui rend si admirables, si vigoureux, si saisissants, en montagne, les spectacles des phénomènes aériens qui nous laissent froids dans la plaine. Quel touriste n’a pas été contempler les splendides levers ou couchers du soleil que l’on voit du