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CHAPITRE X

La neige des hauteurs se distingue de celle des plaines et des basses montagnes par sa finesse, sa compacité et sa basse température, qui la rendent sèche comme du sable fin, et mobile comme de la farine. Les tourbillons et les violents remous des orages en soulèvent sur les surfaces plates des volumes énormes; lancée dans les plis des vallées et des cols, cette neige y forme en quelques secondes des amas de plusieurs mètres d’épaisseur, qui font disparaître toute trace de chemin et engloutissent, dans leur masse glacée, le malheureux voyageur égaré.

La tourmente de neige est certainement le plus grave danger qui menace les voyageurs dans les passes de montagne. C’est principalement en vue de ce danger qu’ont été institués les hospices que l’on trouve au haut des cols des Alpes, el dont le plus célèbre est celui du Grand- Saint-Bernard. C’est pour reconnaître le chemin disparu snus l’uniforme et épais manteau qui le cache que l’on plante, dans les couloirs que suit ce chemin, de hauts et solides nuits, dont l’alignement servira de guide, si l’entassement ne les a pas dépassés eux-mêmes. Les poteaux télégraphiques rendent ce service sur les routes plus parcourues.

11 faut, pour se tirer sain et sauf des bourrasques neigeuses dans les hautes montagnes, toute l’expérience et la sagacité des montagnards, aidés de leur parfaite connaissance du pays parcouru. C’est surtout dans ces terribles circonstances qu’on sent tout le prix d’un bon guide, responsable de la vie du voyageur, et quelle impardonnable imprudence on commet quand on refuse ou de s’en faire accompagner, ou de se conformer à ses avis.

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