CHAPITRE II
au nord. La muraille de l’est elle-même est percée trois fois par le cours supérieur des affluents de Sereth. Deux ouvertures analogues se voient encore au nord et à l’ouest. Si on faisait la carte de ce pays d’après la méthode où en sont arrivées les cartes françaises dont nous parlions plus haut, on aurait des montagnes indiquées précisément où il n’y en a pas, et tracées dans la direction perpendiculaire à celles des vraies, c’est-à-dire une bosse au lieu
d une cuvette, exactement le contraire de ce qui existe (fig. 14).
L’enseignement qui ressort de ces exemples, c’est qu’il ne faut pas falsifier la nature sous prétexte de la simplifier.
Entre négliger les détails pour bien faire saisir l’ensemble, et grouper certains détails pour les faire retenir en sacrifiant les autres et en donnant une idée fausse de l’ ensemble, il y a un abîme, celui qui sépare le vrai du taux, un dessin d’une caricature.
UNE SCIENCE MECONNUE
Pour se renseigner sur les montagnes, ce n’est donc pas aux cartes classiques dites géographiques qu’il faut avoir recours, mais aux cartes construites spécialement au point de vue des montagnes, qu’on nomme orographiques, et surtout à ces cartes détaillées, à grande échelle, qu’on nomme cartes topographiques. La plupart de ces cartes précieuses ont été construites à grands frais pour le compte des gouvernements, qui les ont libéralement mises à la disposition du public pour un prix bien inférieur à leur valeur réelle.
Au point de vue de l’utilité , de la sûreté et de l’agrément des voyageurs dans les montagnes, rien n’est plus important que de savoir diriger, déterminer d’avance le chemin à suivre, en le faisant d’abord en imagination sur une bonne carte. Ces cartes sont un objet de première nécessité pour le vrai voyageur, pour celui qui a souci de la liberté et de la dignité de sa personne, pour l’homme intelligent qui ne veut pas se laisser conduire comme un aveugle ou ballotter comme un paquet. Pour ma part, je ne vois dans le bagage du voyageur de montagnes aucun objet qui approche de l’importance des cartes, sinon peutêtre les chaussures. Un voyageur sans bonnes cartes est à la merci des guides et des aubergistes, comme un voyageur sans bonnes chaussures est à la merci des chevaux et des cochers.
Même pour les sédentaires, les bonnes cartes peuvent présenter un immense intérêt : les lecteurs des grands ouvrages d’histoire contemporaine savent quel charme ajoute aux récits des campagnes ou des voyages le plaisir de pouvoir les suivre pas à pas sur des cartes fidèles et détaillées.
Bardin proposait que les compagnies de chemins de fer fussent obligées de couvrir de grandes cartes peintes les