CHAPITRE II
vestibules publics et les salles d’attente des gares. « Soyez persuadés, disait -il, que personne n’y trouvera plus le temps long : on s’y oublierait plutôt. »
Celle idée a été exécutée une fois ; sur les murs du vestibule de l’ancienne gare du Nord , à Paris, on avait employé ce genre de décoration, et j’y ai vu plus d’un promeneur manquer le train pour avoir trop longtemps étudié sa route. Mais de cette pauvre gare il ne reste plus que le souvenir, et les magnificences de la nouvelle n’ont pas fait oublier, pour de nombreux voyageurs, les utiles cartes qui décidaient et guidaient leurs promenades. Ces cartes sonl aujourd’hui dans la salle des voyageurs de lro classe, où elles sont à peine remarquées. Leur reproduction dans les salles des autres classes, et surtout dans la grande galerie d’entrée, serait un bienfait public.
11 serait digne du grand rôle patriotique et civilisateur que jouent en France les compagnies de chemins de fer. d’encourager et d’inaugurer, par cette mesure généralisée dans Loules les stations, la renaissance de la géographie dans notre pays.
En attendant les cartes peintes, il suffirait d’appliquer à la muraille la feuille locale de la grandi; carte d’étalmajor, pour la vente de laquelle ce serait un excellent moyen de publicité. La caisse de l'Etat y trouverait son compte autant que l’instruction publique.
Ces cartes à grande échelle que l’on nomme topographiques, et qui sont destinées à donner une idée exacte de la forme du sol et de ses accidents, existent aujourd’hui en grand nombre à la disposition de tous, mais seulement depuis l’essor des sciences naturelles qui a marqué le commencement de ce siècle. Celles qui existaient alors
UNE SCIENCE MECONNI E
olaient des documents secrets réservés aux autorités publiques, surtout aux autorités militaires, pour lesquelles de bonnes cartes ont, en cas de guerre, un prix inestimable. On en a construit aussi pour guider les grandes chasses princières. La belle carte des chasses du roi , dressée en 1770, est encore aujourd’hui souvent prise comme base dans la construction de certaines cartes des environs de Paris.
La première grande carte topographique de la France a été exécutée à la demande de l'Académie des sciences. Cassini de Thury la commença en 1750, d’après les triangulations exécutées par son père et son grand-père; elle fut terminée de 1784 à 1703 par E. -Dominique Cassini. son fils. Cette carte, en 182 feuilles, formant un carré de 12 m de côté, est un chef-d’œuvre à tous égards, pour son temps, et porte à juste litre le nom illustre des Cassini, qui ont consacré à son exécution leur vie et leur talent durant quatre générations successives.
A cette époque , les ingénieurs géographes français n’avaient pas de rivaux. Sous Napoléon Ier, qui était luimême une autorité en cette matière, et dont le cabinet géographique contenait de véritables trésors, fut commencé par toute la France le cadastre, levé topographique de toutes les communes, destiné surtout à l’équitable répartition de l’impôt.
L’administration du cadastre, dépendant de celle des finances, est toujours restée tout à fait distincte du corps des ingénieurs géographes militaires, fondu après 1830 avec le corps d 'état-major.
C’est en 1831 , après celte fusion, que fut définitivement commencée par l’état-major, sous la direction du général Pelet, l’exécution d’une seconde grande carte topographique de la France, nouvelle dans toutes ses parties, et