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CHAPITRE X

fouissement, la prairie devient une tourbière; la masse spongieuse parvient à des dizaines de mètres d’épaisseur, retenant dans ses interstices une quantité d’eau qui dépasse les 5/6 de son poids.

On peut regarder, sous ce rapport, certaines grandes pentes gazonnées comme de véritables lacs à surface inclinée, dont les variations d’imbibition représentent une quantité d’eau égale à celle de grandes averses; elles nous rendent, par conséquent, ce service important de garder en réserve , au bénéfice de la fertilité de la vallée, des masses liquides dont le rapide écoulement ne laisserait derrière lui, avec les ravages de ses érosions, que la sécheresse et la stérilité.

Il faut ajouter que les adjuvants et les protecteurs de ces gazons bienfaisants sont les forêts, dont les fortes racines, puissamment lixées au sol, arrêtent et détournent les grands éboulements , les avalanches et les torrents, qui, sans elles, entraîneraient et détruiraient rapidement les gazons, plus délicats et moins résistants. La différence énorme qui frappe tous les yeux, lorsqu’on passe des Alpes suisses dans les Alpes françaises, tient surtout à ce fait que les forêts de la Suisse ont été toujours protégées par la législation et le respect reconnaissant des habitants ; tandis que les forêts de nos Alpes sont tombées successivement sous les coups d’hommes égoïstes ou criminels, à qui les lois mal faites ou le désordre de longues guerres ont laissé accomplir ce désastre.

A l’absorption de l’eau par la végétation il faut ajouter l’absorption par le sous-sol. Celle-ci dépend tout à fait de la nature minérale et de la structure des rochers qui supportent la terre végétale.

Le gravier, les cailloux, les scories volcaniques boivent avec une extrême facilité toute l’eau arrivée dans leur masse. Les sables fins et les marnes offrent plus de difficulté. Les argiles, une fois imbibées, présentent une telle résistance au passage de l’eau, qu’elles peuvent être assimilées sous ce rapport aux roches compactes.

La plupart des couches calcaires, qui sont fissurées de toutes parts, et ressemblent à d’immenses maçonneries sans mortier, sont traversées avec la plus grande facilité, et ne laissent guère former de courant d’eau à leur surface. Les masses liquides, engouffrées dans les fentes, font souvent de longs voyages à travers la roche, se réunissant en nappes et rivières souterraines, et creusent, à la base des couches fracturées, des cavités compliquées et variables.

C’est parmi les plus grandes de ces cavités que se trouvent la plupart des grottes naturelles, qui sont au nombre des curiosités les plus célèbres des pays de montagnes. Elles ne se rencontrent guère, en effet, que dans les massifs calcaires.

Les cours d’eau souterrains, quels que soient leur volume et leur courant, se produisent dans l’épaisseur de couches perméables et à la surface de couches imperméables. Par les pores et cavités de la couche perméable l’eau reçoit la pression de l’atmosphère, et prend un certain niveau de surface , suivant le régime de son écoulement.

11 est à remarquer que, pour arriver là, elle a dû traverser une couche de terre végétale et des couches sablonneuses, où elle a laissé, par filtration, toutes les matières étrangères qu’elle pouvait tenir en suspension : de sorte qu’elle est généralement plus limpide que la plupart des eaux superficielles. Nous allons la chercher

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