‹ Les montagnesChapitre 26 sur 313 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

donnant le dessin exact et complet de notre sol. La décision de cette exécution avait été prise par Napoléon 1er dès 1808 : les études préliminaires s’étaient poursuivies pendant toute la durée du gouvernement de la Restauration ; l’activité du général Pelet imprima à l’œuvre une impulsion admirable.

La carte, à l’échelle d’un mètre pour 80,000, est divisée en 204 feuilles de 50 centimètres de haut sur 80 de large. Toutes ces feuilles réunies occuperaient un carré d’environ 13m de côté. Les 12 premières feuilles parurent en 1833; en 1850, quand le général Pelet fut remplacé par le général Morin, il avait fait exécuter 142 feuilles, c’est-à-dire plus de la moitié du travail, en moins de vingt ans. Après le général Morin, qui ne resta que deux ans à la tète de ce service et publia 10 feuilles, le général Blondel, de l’ancien corps des ingénieurs géographes, dirigea pendant quinze ans les travaux de la carte, et fit exécu- Irr 80 nouvelles feuilles.

En 1800, c’est le général Jarras qui fut chargé de diriger l’achèvement de cette lourde tâche. Au moment de la guerre , l’œuvre pouvait être regardée comme presque terminée. Tous les levés sur le terrain étaient déjà achevés en 1800; à la fin de 1869, il ne restait plus à paraître que 10 feuilles dans le coin S.-E. de la France, occupé par les Alpes de Provence et les nouveaux départements de la Savoie et de Nice.

Malgré la désorganisation et le retard qu’ont occasionnés les événements de 1870 et 1871, et malgré les difficultés que présentent à la gravure les régions essentiellement montagneuses des dernières feuilles, tout sera probablement paru pour l’année 1874, grâce à l’invention de nouveaux procédés de gravure qui vont quatre fois plus vite que les anciens.

UNE SCIENCE MÉCONNUE 60

Un se ligure difficilement la somme énorme de travaux que coûte une de ces belles feuilles. L’exécution comprend quatre opérations successives : 1° la géodésie, détermination exacte de la position des points de repère ; 2° les travaux topographiques sur le terrain ; 3° les travaux de dessin ; 4° la gravure.

La géodésie est la plus importante, et ce n’est pas la moins longue ni la moins minutieuse. Pour arriver à établir le réseau de triangles, mesurés trigonométriquement, par lequel est couverte la surface de la France, il a fallu une véritable armée d’officiers d’état-major, qui ont déterminé avec une grande précision la longitude, la latitude et l’altitude d’environ 50,000 points.

Sur le terrain , le travail est toujours subdivisé ; chaque feuille est partagée en petits carrés, et chaque carré est confié à un officier d’état-major. Celui-ci, avec ses aides, fait le levé en détail, le portrait véridique de la surface du sol, à une échelle quatre fois plus grande que celle de la carte. Son travail s’appelle minute. Non-seulement il renferme les villes, villages, hameaux et maisons isolées, avec les routes, les chemins, les sentiers, les rivières et les ruisseaux; mais il contient aussi la représentation fidèle du relief du sol , par un procédé qui intéresse spécialement notre sujet, et dont nous donnerons une idée tout à l’heure. Les minutes de la carte de France, couvertes de détails exactement et, on peut le dire, minutieusement dessinés, couvriraient une surface d’environ 6,000 m carrés, c’est-à-dire celle d’une grande place publique. Elles sont conservées comme un précieux trésor au dépôt de la guerre , et les cartes n’en sont que des reproductions avec les ombres, les teintes, les signes de convention , dessinées d’abord sur des échelles moindres et suivant des règles convenues, puis gravées par d’habiles artistes.

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