CHAPITRE XI
L’époque à laquelle ces éboulemenls se sont produits est inconnue, mais il y en a d’historiques. Ainsi tous les voyageurs qui ont exploré le Valais ont vu, entre Martigny et Saint-Maurice, l’effroyable champ de ruines causé par l’éboulement d’un contre-fort de la Dent-du-Midi, en août 1835, et, du côté opposé, les deux éboulêments de deuxpics des Diablerets, qui, en 1714 et en 1749, couvrirent les deux Alpes de Cheville et de Leytron d’une couche de débris de plus de 100 m d’épaisseur, et formèrent, en barrant la vallée, les lacs de Berborence. Ils ont entendu raconter, dans le pays, les émouvantes histoires de chalets engloutis avec les bergers et les troupeaux, notamment celle de ce malheureux qui, protégé contre l’écrasement par un roc tombé en arc-boutant, resta enseveli plusieurs mois, dans l’obscurité, vivant de l’eau d’une petite source et de sa provision de fromage, parvint, par un travail acharné, à se creuser une issue jusqu’à la surface des débris, et, arrivant presque nu, décharné, méconnaissable, dans son village, fut pris pour un revenant par sa famille épouvantée.
Il est arrivé plus d’une fois, hélas! que le théâtre de l’écroulement s’est trouvé être non plus des champs presque déserts, mais le territoire, couvert d’habitations, d’une ville ou d’un village. Ces épouvantables catastrophes sont restées historiques, et sont malheureusement nombreuses dans les pays de montagnes. Sans parler de celles que relate l’histoire ancienne, on peut citer l’écrasement du bourg de Saint- André et de trois villages voisins, en 1248, par le mont Granier, près de Chambéry, au lieu appelé aujourd’hui les Abîmes-de- Myans.
Une autre chute de montagne, déjà plus récente et plus célèbre, est celle qui écrasa la petite ville de Pleurs,
LA DEMOLITION DES MONTAGNES