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CHAPITRE XI

qui courent sur les pentes, s’embranchent les uns sur les autres, et finissent par devenir, dans les plis les plus accusés de la montagne, ces cours d’eau passagers et furieux qu’on nomme torrents.

On ne se fait pas, en général , une idée juste de l’énorme travail qu’accomplissent à la longue ces infatigables agents de destruction. Tous les modes de démolition que nous avons vus et que nous allons voir ajoutent sans cesse et accumulent leurs effets : la pierre et la terre, une fois descendues ne remontent plus. Les creusements se superposent et se croisent; l’eau courante crée des escarpements que l’eau de pluie dégrade et adoucit, ou que les écroulements font disparaître. Si une ou deux générations se passent sans voir de changement bien sensible dans la forme d’une montagne, il n’en serait pas de même au bout de dix à vingt générations, encore moins au bout de dix à vingt siècles.

Mais pour produire ces changements, pour sculpter la masse montagneuse, y créer ces vallées pittoresques et fertiles, dominées par des pics abrupts et sauvages, il faut un agent : l’eau.

Les chaînes montagneuses sans pluies, comme sont les Andes de la région qui va du Pérou au Chili, les hauteurs du Sahara central, de l’Arabie, de la Perse et du désert de Gobi, n’ont pas du tout l’aspect pittoresquement varié de nos chaînes si découpées. Ce sont d’immenses murailles uniformes et nues, terminées par des plateaux aussi unis que nos plaines, mais privés de végétation par la sécheresse ; les ondulations de la crête sont douces , et les pics qui se dressent cà et là ont des formes simples, de grandes faces sans plis, des talus volcaniques uniformément arrondis. C’est la montagne dessinée à grands traits, telle que l’a faite son soulèvement originaire.

LA DEMOLITION DES MONTAGNES

Les montagnes des contrées pluvieuses, au contraire, comme les Andes de la Colombie, lTlimalaya oriental, les volcans de Java, sont ravinées, déchiquetées, coupées de gorges et hérissées de pics. Nos Alpes et nos Pyrénées sont tellement dépouillées de leurs surfaces primitives, tellement fouillées et écroulées, qu’on ne reconnaît plus facilement les grands traits de la forme primitive. Dans les Pyrénées, aucun point culminant n’est sur l’arête principale; ils sont sur des contre-forts qui la flanquent de part et d’autre. Dans les Alpes, le nœud du Saint- Gothard, qui devait être le centre du soulèvement et le point dominant de la masse, a subi de telles érosions de la part des fleuves qu’il envoie aux quatre points cardinaux de l’Europe, qu’il ne conLient plus aujourd’hui de cimes approchant de 4000 m.

Le spectacle des effets de l’érosion dans les montagnes n’est pas toujours riant et pittoresque. Dans les montagnes calcaires, qui se prêtent plus que les autres à l’accumulation des effets destructeurs de la gelée et des eaux courantes, d’immenses surfaces rocheuses en pente finissent par se trouver dépouillées de toute terre végétale, et, capricieusement ravinées et fouillées par les agents de démolition, constituer de vastes déserts sillonnés de crevasses, impraticables au pied de l’homme, que l’dn nomme, dans les Alpes, lapiaz ; en allemand, Karrenfelder. L’eau tombée sur ces champs de désolation est immédiatement absorbée par le sol, dans des fissures ou des entonnoirs, et va sortir plus bas, dans la vallée fertile, en sources volumineuses.

Ces déserts montagneux, si fréquents dans les Pyrénées, devenus la règle en Espagne, dans l’Atlas, en Egypte, en Arabie, etc. , sont une exception dans les Alpes suisses. Quelques-uns occupent, sur les hauteurs, d’anciens cirques

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