CHAPITRE XI
de glaciers disparus; mais un grand nombre, comme ceux du Jura, de laFrohnalp, près de Brunnen, du Brunig, du Faulhorn, des Churfirsten, sont voisins des régions fertiles. Le manque de prévoyance et l’ignorance de l’homme peut en laisser se former partout ; c’est ce qui est arrivé dans nos Alpes de Dauphiné et de Provence, comme aux temps barbares de l’invasion musulmane dans toutes les régions montagneuses de l’Orient.
Les innombrables vallées d’érosion, les gorges étroites, les tranchées profondes qui pénètrent et subdivisent les masses montagneuses ont été surtout creusées par les torrents qui y coulent encore (fig. 149). On ne peut guère se faire une idée de la violence de ce genre de cours d’eau en traversant, au beau temps, leur lit sec et désolé. On s’étonne seulement de l’énorme surface qu’occupent les cailloux et rochers nus, comparativement au fdet d’eau qui serpente au milieu d’eux, et qu’on a souvent de la peine à traverser.
Si on revenait après un orage ou la fonte des neiges, on trouverait l’immense surface couverte des flots grisâtres et bondissants d’une masse d’eau dépassant en débit tous lès fleuves de la plaine.
Dans les gorges étroites, là où l’on entendait à peine murmurer l’eau invisible au fond de la sombre fissure, l’eau rugissante et rapide comme la flèche élève son niveau de 20 à 30 m, forçant les habitants de suspendre leurs sentiers à d’énormes hauteurs au-dessus du fond de la gorge.
Dans les escarpements, la furie du torrent est telle, qu’il arrache à son lit d’énormes blocs de rochers, déchausse et entraîne des sapins avec le promontoire qui
Fig. 148. — Lit du torrent de Roscnlauï au-dessous de la cascade.
LA DEMOLITION DES MONTAGNES
les portait, jette le tout en travers de son lit , qui se trouve un moment obstrué; la masse liquide rejaillit contre l’obstacle, s’élance de côté, à travers les arbres, les prairies, les champs cultivés, les habitations, prodiguant sur sa route l’épouvante et les désastres. En quelques heures, de belles forêts sont percées de larges trouées couvertes de décombres, de riches prairies sont converties en champs de pierrailles, des maisons et des granges sont entraînées, et des familles aisées réduites à la misère.
Fig. 140. — Talus d’éboulement au pied d’un escarpement.
A la base de la pente montagneuse, au sortir de la gorge creusée par le torrent dans l’escarpement de la vallée, est un immense amas de débris , amoncelés en pente régulière d’une trentaine de degrés d’inclinaison , qu’on nomme talus d’éboulement. Toutes les vallées bordées de parois à pic présentent aux échancrures successives de la muraille une série de ces longs talus à pente uniforme (fig. 149).
Ces talus sont formés de blocs et de cailloux, que l’eau ne peut emporter plus loin, à cause de la moindre pente