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CHAPITRE XI

de la vallée principale; le torrent est forcé de modérer sa vitesse, de sorte qu’il ne garde guère en suspension que la boue et les graviers. Mais, à la longue, les cailloux du laïus peuvent eux-mêmes se briser et se pulvériser en grande partie, et suivre à leur tour le même chemin, jusqu’au point où le cours d’eau perdra entièrement sa vitesse en se jetant dans un lac. Nous savons que là s’accumuleront tranquillement tous les débris apportés, jusqu’à ce qu’après des siècles la cavité soit comblée, et le lac transformé en une plaine. L’eau du torrent emmènera alors ses boues dans le liL creusé à travers cette plaine, et continuera sa route par la vallée suivante, trouvant toujours devant elle soit un autre lac, soit des plaines basses à exhausser ou des marais à inonder, jusqu’à ce qu’elle termine enfin son voyage en se jetant dans la mer.

A l’action érosive de l’eau liquide sur les montagnes il faut ajouter l’action de l’eau solide sous forme de neige ou de glace. Celle action s’exerce surtout aux zones qui, dépassant en altitude les régions où tombe la pluie, ne reçoivent, pour ainsi dire, que de la neige. Nous avons vu que cette neige ne fond pas entièrement sur place, mais qu’elle descend aussi à l’état solide, et qu’elle a, comme l’eau, deux modes de descente: l’un rapide, qui est b avalanche ; l’autre lent, qui est le glacier.

L’avalanche est un phénomène nécessaire et régulier, tout comme le torrent et la rivière : il ne pourrait être supprimé sans dommage pour la fertilité de la montagne ; aucun moyen ne pourrait, aussi activement que lui, débarrasser de leur manteau de neige les vastes pâturages, vraie richesse des pays de montagnes, qui n’ont pas de

LA DEMOLITION DES MON TAGNES

temps à perdre pour jouir de leurs courtes journées de soleil. Les désastres qu’occasionnent les avalanches sont des effets de surabondance, comme les inondations des fleuves, effets qu’une étude intelligente et une surveillance attentive pourraient le plus souvent prévoir et prévenir.

Tous ces grands agents de la nature, toutes ces forces gigantesques que l’on redoute, ont leur rôle dans le fonctionnement normal de la vie du globe. Dieu nous a donné ce globe pour domaine , mais à la condition d’exercer notre sagacité à en faire la conquête.

Quand l’homme le veut, quand le génie et le travail de plusieurs générations ont poursuivi ce noble but de dompter et d’asservir les grandes forces de la nature, elles ne sont plus des fléaux : l’inondation devient une richesse, et l’avalanche un bienfait.

Les avalanches ou lavanges, en allemand, Lawinen, sont bien différentes suivant la saison et suivant la consistance de la neige qui s’écroule.

Les plus redoutées des montagnards sont les avalanches d q poudre (Staublawinen), ou avalanches d 'hiver, qui sont formées de neige fraîche, toujours sèche, poudreuse, inconsistante dans les hauteurs. On les appelle aussi avalanches de vent, parce que leur principal danger consiste dans le violent courant d’air que produit leur chute.

Quand sur une croûte de neige, uniformément durcie par l’action successive du soleil et de la gelée, vient à tomber une épaisse couche de cette neige poudreuse et mobile , il suffit du moindre accident pour rompre son équilibre instable et la mettre en mouvement sur une pente. Ce n’est d’abord qu’un plissement à la surface; mais le mouvement se communique bientôt à la couche

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