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CHAPITRE XI

cavités dont elles occupent le fond. L’eau qui coule sur le gdacier séjourne dans ces creux , les agrandit, les arrondit, les égalise, et forme ces petits lacs d’eau bleue nommés baignoires. Les ruisselets qui aboutissent à ces baignoires y apportent du sable, qui forme bientôt une couche au fond. Si une crevasse, formée par hasard au travers du glacier, vient à vider la baignoire, le sable se trouve assez épais pour empêcher la fusion et transformer le creux en saillie, la baignoire en un cône.

Un voit que, par toutes ces causes, qui augmentent à mesure que la glace descend, la surface d’un glacier, toujours unie et praticable dans les parties les plus hautes, au voisinage du névé, devient inégale au point d’être impraticable dans ses parties les plus basses.

Si la région supérieure et le névé ont la surface unie, ce n’est pas tant à cause de la moindre activité de la fusion et du mouvement de descente de la glace qu’à cause des fréquentes chutes de neige, qui font disparaître toute inégalité. Mais ici se trouve un des plus grands dangers des ascensions des montagnes neigeuses.

Il se forme des crevasses comme ailleurs dans ces névés des grandes hauteurs; souvent même elles sont très-larges et toujours très-profondes; mais la neige, s’agglomérant en bourrelet sur les deux bords, forme deux corniches qui se rapprochent de plus en plus, puis se touchent et finissent par former un pont sur la crevasse, devenue invisible. Or, la plupart du temps, la voûte de ce pont n’est pas assez solide pour porter un homme. Au milieu d’une course insouciante et joyeuse sur ces admirables tapis de ueige d’une blancheur sans tache, il peut donc arriver que l’on sente tout à coup le sol manquer sous les pieds par

LA DÉMOLITION DES MONTAGNES

l’écroulement d’une de ces voûtes ; si rien ne venait arrêter la chute, on pourrait être instantanément englouti, sans espoir de salut, dans un abîme de plusieurs centaines de

Fig. 155. — Au milieu du glacier.

mètres de profondeur. L’histoire des ascensions est pleine de malheurs de ce genre; c’est pour les éviter cpie, dans les marches sur la neige fraîche, les voyageurs et les guides n’avancent sur les plaines de neige que tous attachés en-

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