CHAPITRE XI
semble, par la ceinture, à une longue et forte corde. Si l'un tombe, la corde le soutient en l’air, en attendant qu’on reconnaisse le terrain et qu’on opère le sauvetage.
Dans les parties basses du glacier, s’il y a nécessité de le traverser, le danger est tout autre, c’est celui de glisser sur la glace inclinée, et de tomber dans les crevasses trèsvisibles qui vous entourent de toutes parts. La fig. loo donne une idée très-nette des difficultés à vaincre; il faut tailler à coups de hache des marches d’escalier dans tous les blocs, et se tenir pour heureux si l'on a fait sans accident, en deux à trois heures, une traversée d’un demi-kilomètre.
Tous ces blocs entassés ne sont, en définitive, que le résidu de la fusion de masses ayant toute l’épaisseur du glacier, subdivisées carrément par les crevasses. A mesure qu’elle descend, la glace fond dans une proportion toujours croissante; le glacier constitue deux fleuves l’un dans l’autre : le fleuve lent de glace, qui diminue constamment, et le fleuve rapide d’eau, imprégnant tout et ruisselant partout, qui s’augmente de tout ce que perd le premier. 11 arrive nécessairement un point où la masse de glace, aplatie et éparpillée, fond en entier et n’avance plus : c’est la terminaison ou la base du glacier. Elle forme, en général, une muraille à pic d’une dizaine de mètres de hauteur, qui s’appuie contre une ceinture pierreuse constituée par un las informe de rochers et de cailloux de toutes couleurs, à travers lesquels l’eau de fusion s’est creusé une ou plusieurs brèches.
Cette eau, produit de la fonte de tout le glacier, coulait sur le fond de la vallée, au-dessous de la glace, depuis une distance considérable. Echauffée au contact de la terre, elle fond la glace à une certaine distance au-dessus d’elle, et au point où elle sort du glacier, il se forme habituelle-
Fig. 156. — Source de l’Arveyron, à la base de la mer de Glace,
LA DÉMOLITION DES MONTAGNES
ment une voûte spacieuse et élevée, dont les parois de glace revêtent d’admirables couleurs bleues ou vertes, en tamisant la lumière du jour, et qui est une des plus belles choses que l’on puisse admirer dans un glacier (fig. 156). Malheureusement les éboulements de glaces et de pierres, continuels au bout des glaciers, rendent l’accès de cette grotte, et en général de toute la base d’un glacier, très- dangereuse.
Là où la grotte terminale manque , les habitants du pays en creusent quelquefois une en un point choisi et sans danger , exploitant commercialement la glace qu’ils en extraient, pour en ajouter le profit à l’impôt prélevé sur les visiteurs (fig. 157).
Dans tous les cas, de la partie inférieure du glacier, on voit toujours, à travers l’épaisse ceinture de cailloux qui l’enserre, l’eau de fusion s’écouler, rapide, troublée, laiteuse, mais abondante, portant la fertilité et la vie dans la vallée, et, plus loin, dans la plaine, surtout au moment où les chaleurs de l’été ont