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CHAPITRE XI

tari les autres sources, et rendu son produit plus précieux.

Les curiosités du glacier nous ont entraînés bien loin, et lait laisser de côté sou rôle dans la démolition de la montagne; mais cet amas de rochers et de cailloux, qu’on nomme la moraine terminale , nous y ramène.

Nous avons vu que le glacier a pour origine un vaste cirque situé au-dessus de la limite des neiges persistantes, et entouré d’une ceinture de hauts sommets; la vallée qui sert d’issue au cirque est elle- même bordée de pentes montagneuses ordinairement très-abruptes. Le cirque et la vallée reçoivent continuellement les avalanches dues aux neiges qui tombent sur toute cette ceinture de pentes. C’est ici que le mot bassin, employé par les géographes pour exprimer l’ensemble des versants dont les eaux se réunissent dans un même courant, peut trouver toute son acception et toule son importance. Sur les lianes de ce bassin, dont la vallée, occupée par le glacier, est l’unique issue, les agents atmosphériques de démolition, vents, rosées, brouillards, pluies, orages, torrents, éboulemenls, avalanches, exerceront constamment leur action : du sable, des cadloux, des blocs de toute taille descendront à chaque instant sur les pentes : l’eau ou la neige qui les entraînait disparaîtra, et tous ces débris se trouveront accumulés sur la glace en amas bordant les escarpements , et la glace les entraînera dans son mouvement lent. Ces amas de pierres superposées à la glace, le long des rives du glacier, se nomment moraines latérales.

Mais il est rare qu’il n’y ait qu’un seul cirque avec une seule vallée. Presque toujours, s’il s’agit d’un grand glacier, plusieurs cirques distincts réunissent plusieurs

Fig. 158. — Glacier d’Aletsch , vu de l’Eggischhorn.

LA DÉMOLITION DES MONTAGNES

glaciers dans une seule vallée d’écoulement, comme plusieurs rivières qui se réunissent en un fleuve.

Or, au confluent de deux glaciers, les deux moraines latérales qui aboutissent à l’angle intérieur de ce confluent doivent mêler leurs amas de débris, qui continuent, en effet, à cheminer sur le dos du glacier, confondus en une seule longue traînée, que l’on nomme moraine médiane. Les glaciers ne mêlent pas leurs glaces comme les fleuves mêlent leurs eaux; ils s’aplatissent l’un contre l’autre, en gardant chacun leur part de surface libre, qui peut, jusqu’à un certain point, servir de mesure à leur importance. Autant un glacier recevra d’affluents comparables à lui, autant il aura de moraines médianes cheminant parallèlement à ses rives.

Ainsi le grand glacier d’Aletsch , le plus long des Alpes et de toute l’Europe, et celui qui a le névé le plus étendu, porte dans sa partie supérieure, celle qu’on domine du célèbre point de vue d’Eggischhorn (fig. 158), quatre moraines médianes principales indiquant que le névé doit provenir de cinq cirques distincts. Le petit glacier d’Aletsch, que l'on voit descendre des flancs de la vallée, à gauche de la figure, et plus bas, un autre aflluent encore, porteront ce nombre à six. Plus riche encore en moraines médianes est le grand glacier de Zermatt, de Gærnerou , au pied du mont P»ose, formé de la réunion en une seule vallée de neuf glaciers différents, descendant de tous les cirques compris entre les hauts sommets de la montagne. Sur celui-là on compte huit moraines, avant la belle cataracte d’aiguilles qui le termine.

Le beau glacier de l’Aar (Unteraar), dans les Alpes bernoises, formé de la réunion de deux glaciers presque égaux, celui du Finsteraar et celui de Lauteraar, n’a qu’une moraine médiane; mais elle est énorme, et partage

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