CHAPITRE XI
le glacier en deux parties presque égales. Celte moraine est célèbre dans l’histoire des glaciers; car c’est sous une de ses dalles gigantesques qu’un courageux et célèbre naturaliste suisse, M. Agassiz, s’était taillé dans la glace un réduit où il passa trois étés consécutifs avec quelques savants, ses amis et compatriotes, et qui fut nommé plaisamment l’hôtel des Neuchàtelois.
La mer de Clace semble n’avoir qu’une seule et puissante moraine médiane; en réalité, il y en a trois (voir la carte fig. 159); mais le glacier de Talèfre, qui fait au-dessous du Jardin une magnifique cascade d’aiguilles très-longue et très-inclinée, a éparpillé ses moraines sur toute sa surface et celle de son voisin, le glacier de Leschaux; et, comme les pentes escarpées de la ceinture de montagnes, formée par les aiguilles Verte , des Courtes, de Talèfre, de la Grande et de la Petite-Jorasse, du Géant et du Tacul , qui les entoure tous les deux, sont constituées de schistes noirs et friables, leur part de vallée est couverte de débris, et la glace y est presque invisible. En revanche , le glacier du Géant , qui vient des vastes cirques du flanc nord-ouest du mont Blanc, et qui occupe l’autre moitié de la vallée, présente partout la surface même de la glace, et fait admirer les belles nuances transparentes des crevasses qui le font ressembler à des vagues solidifiées. Cela tient à ce qu’il se trouve n’avoir à sa surface que de rares débris, épandus par la cataracte de blocs qu’il fait en sortant de son immense névé du Géant.
Les grandes cataractes de celte sorte, qu’on nomme les séracs , nom du fromage cubique du pays, parce que les crevasses subdivisent souvent la masse en blocs coupés à angles droits, produisent à cet égard un effet assez singulier, celui des rubans de boue.
La chute des blocs, beaucoup plus rapide pendant les
LA DEMOLITION DES MONTAGNES
deux mois de chaleurs de l’été que dans le reste de l’année, forme au pied de l’escarpement un rempart transversal en
Fig. 159. — Carte du bassin neigeux de la mer de Glace.
saillie, qui est emporté par la marche annuelle du glacier; ce rempart s’aplatit et redevient compacte avec le temps ; mais il laisse un sillon entre lui et son successeur de l’été