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CHAPITRE XI

prouve au moins que nous sommes dans une période d’équilibre sous ce rapport. Nous savons déjà qu’il n’en a pas été toujours ainsi, et que les glaciers ont eu, à une époque remarquable par l’humidité qu’avait alors notre climat, une extension prodigieuse.

Nous comprendrons facilement maintenant comment on peut reconnaître avec certitude qu’une vallée a été occupée par un glacier, et quelles ont été les dimensions de ce glacier. D’abord on reconnaît aisément une moraine terminale : c’est un monticule entièrement formé de débris de dimensions très-diverses, appartenant à toutes les roches que l’on trouve sur les lianes escarpés de la vallée en la remontant, ayant les formes anguleuses et irrégulières d’une pierre qui n’est tombée qu’une fois, et a été transportée très-loin sans être roulée. Des amas formés par les courants diluviens seraient, au contraire, composés de cailloux roulés, et auraient un aspect tout différent.

Une trace de glaciers, bien facile à reconnaître, ce sont les roches moutonnées et striées. Le glacier enchâsse dans sa masse, de chaque côté et contre son fond, des morceaux de pierre dure tombés entre lui et les roches latérales, ou dans les crevasses qui le traversent. Ces pierres, ainsi fixées, cheminent avec le glacier, exerçant un frottement puissant contre les roches qui l’encaissent, enlevant les aspérités, arrondissant les angles, de manière à leur donner cet aspect que Saussure compare à celui des troupeaux de moutons accroupis (fig. 144). Le poli de ces roches, frottées ainsi pendant des siècles, est très-grand, souvent assez pour qu’il soit dangereux, même bien longtemps après que le glacier les a abandonnées, de marcher dessus si elles sont en pente. On risque fort, dans ce cas, comme dit Toppfer, de « continuer de sa personne le frottement des glaciers disparus ».

LA DÉMOLITION DES MONTAGNES 569

Mais ce poli n’est pas pareil à celui que produirait le roulement dans un torrent ; il est formé par de petites stries parallèles, avec des raies plus profondes de place en place; il est impossible, lorsqu’on le rencontre sur les deux rives d’une vallée, dans toute sa longueur, jusqu’à une hauteur déterminée, régulièrement descendante, et dans la vallée, sur les roches du fond , sur des cailloux épars, jusqu’à un barrage, dont la terre est remplie de débris multicolores, il est impossible de ne pas en conclure qu’il y a eu là un glacier. Comme nous l’avons dit dans le chap. vu, c’est ce que l’on a trouvé dans toutes les vallées non-seulement des Alpes, mais de montagnes qui n’ont plus de glaciers, comme le Jura, les Vosges, le Cantal, le mont Dore, les Pyrénées et bien d’autres.

Il n’est pas besoin, pour exprimer ce résultat, de supposer un refroidissement bien notable du climat; il suffit d’une augmentation considérable d’humidité. Nous savons que les glaciers descendent d’autant plus bas et d’autant plus vite, qu’ils sont plus épais. Déjà aujourd’hui certains grands glaciers descendent presque au niveau du fond de la grande vallée ou va déboucher la leur. C’est le cas des glaciers du mont Blanc ; la mer de Glace , à la grotte de l’Arveyron (voir la carte), se trouve descendue à 1125 m d’altitude. Le glacier des Bossons, plus petit, mais d’une inclinaison plus rapide, descend à 1 1 00 m , et le glacier de la Brenva, sur le flanc opposé, descend à 1150 m. Celui qui descend le plus bas, dans les Alpes, est le glacier inférieur de Grindelwald , à la fois épais et rapide , qui descend jusqu’à 985 m, au niveau du fond de la vallée.

Les Pyrénées n’ont que de petits glaciers insignifiants, pour ainsi dire réduits à leurs névés, et qui sont bien loin

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